Alilou Soufiane, un ressortissant belge d’origine marocaine, a été intercepté par les forces de l’ordre sénégalaises au poste frontalier de Keur Ayib, situé à la frontière entre le Sénégal et la Gambie. Cette interception, survenue récemment, a suscité l’intérêt des enquêteurs en raison d’un déplacement jugé suspect. L’homme, qui avait purgé une peine de huit ans de prison en Belgique pour participation à des activités terroristes, a fourni des explications aux autorités, affirmant que son voyage était motivé par des raisons personnelles sans lien avec son passé.
Selon les informations rapportées par le journal Libération, Alilou Soufiane a déclaré aux enquêteurs que son déplacement était lié à une visite familiale en Gambie, où il compte des proches. Les autorités sénégalaises, alertées par son profil et ses antécédents, ont procédé à un contrôle approfondi avant de le laisser poursuivre son chemin, sans poursuites immédiates. Ce cas illustre la vigilance accrue des forces de sécurité face aux individus ayant des liens avec des réseaux extrémistes, même après leur réinsertion.
Alilou Soufiane, âgé d’environ 32 ans aujourd’hui, s’est fait connaître dans les années 2010 comme un membre actif de la filière jihadiste belge. Originaire du quartier de Molenbeek à Bruxelles, un foyer notoire de radicalisation en Europe, il a été recruté par Khalid Zerkani, surnommé « Papa Noël » pour sa générosité apparente envers les jeunes vulnérables qu’il endoctrinait. Zerkani est considéré comme l’un des plus importants recruteurs de combattants pour la Syrie en Belgique, ayant envoyé des dizaines de personnes rejoindre les rangs de groupes comme l’État islamique.
Soufiane Alilou a effectué au moins cinq voyages aller-retour entre la Belgique et la Syrie avant son arrestation en 2014. Ces déplacements étaient souvent justifiés par des missions de recrutement : il accompagnait de nouveaux candidats au jihad et revenait pour en enrôler d’autres. Parmi ses liens notables, on compte Chakib Akrouh, l’un des kamikazes des attentats de Paris en novembre 2015, qu’Alilou aurait aidé à se radicaliser et à voyager en Syrie.
En 2015, le tribunal correctionnel de Bruxelles l’a condamné à huit ans de prison pour « participation aux activités d’un groupe terroriste ». La filière Zerkani, dont il était un pilier, était liée à plusieurs attaques en Europe, y compris les attentats de Paris et de Bruxelles. Alilou était également le demi-frère de Yassine Lachiri, un émir d’un groupe de combattants franco-belges mort en Syrie en 2014. Durant son incarcération, des rapports indiquaient que sa mère, Fatima Aberkan, lui avait fourni de la littérature jihadiste, bien qu’elle l’ait nié.
Libéré après avoir purgé sa peine complète autour de 2023, Alilou Soufiane semblait avoir tourné la page, mais son profil reste sous surveillance internationale en raison des risques de récidive associés aux anciens jihadistes.
Pour l’heure, Alilou Soufiane n’est pas inculpé au Sénégal et a pu continuer son chemin. Cependant, cet épisode rappelle que le passé terroriste suit souvent les individus au-delà des frontières et des peines purgées.
Ramatoulaye Sow