Waly Diouf Bodiang,ancien directeur général du Port autonome de Dakar et membre du cabinet politique d’Ousmane Sonko, vient de publier un message cinglant contre Alioune Tine. Dans un visuel officiel aux couleurs de PASTEF, il dénonce « une obsession maladive pour le dialogue » et estime que les contradictions entre le président Diomaye Faye et le Premier ministre sont « normales en démocratie ». Une sortie qui illustre la ligne dure d’une frange du parti face aux appels à l’apaisement.
« Alioune TINE a une obsession maladive pour le dialogue.
Les institutions de la république fonctionnent toutes normalement comme dans tous les pays du monde.
Les contradictions politiques sont normales en démocratie.
On ne va pas dialoguer autour de cela, à moins de vouloir organiser une palabre chronophage et sans objet. »
La publication, signée explicitement « Membre du cabinet PDT Ousmane SONKO », n’est pas anodine. Elle intervient dans un contexte de tensions ouvertes entre le président Bassirou Diomaye Faye et le Président de l’Assemblée Nationale Ousmane Sonko, deux figures qui incarnent encore, aux yeux de beaucoup de Sénégalais, le « projet » Pastef arrivé au pouvoir en mars 2024.
Depuis plusieurs mois, la cohabitation entre le chef de l’État et son ex Premier ministre et Président de l’AN qui contrôle également une majorité parlementaire importante s’est dégradée. Désaccords sur la gestion de la dette, divergences stratégiques, questions de leadership et de loyauté partisane : les frictions sont devenues publiques. Plusieurs voix de la société civile, dont celle d’Alioune Tine, fondateur du think tank Afrikajom Center et figure historique de la défense des droits humains, ont multiplié les appels à un dialogue direct entre les deux hommes.
Pour Alioune Tine, le Sénégal se trouve dans une configuration institutionnelle inédite, sans véritable culture de cohabitation. Il a estimé à plusieurs reprises que « ni Diomaye ne peut partir sans Sonko, ni Sonko sans Diomaye », et qu’un refus de discuter risque d’affaiblir les institutions et de compromettre les efforts de redressement économique. Dans un de ses messages récents, il appelait encore les deux leaders à « trouver un terrain d’entente » pour éviter une confrontation « sans intérêt pour le pays ».
C’est précisément cette posture que Waly Diouf Bodiang rejette frontalement.
Une réponse de « soldat » loyaliste
Waly Diouf Bodiang n’est pas un simple cadre de parti. Ancien inspecteur des impôts, cofondateur de Pastef, ex-secrétaire général du syndicat des impôts créé par Sonko, il a connu la répression sous Macky Sall (bracelet électronique en 2023). Il était nommé à la tête du Port de Dakar en avril 2024, il s’est imposé comme l’un des défenseurs les plus intransigeants de la ligne Sonko. Dans un entretien à Jeune Afrique en mai 2026, il avait déjà déclaré : « Mon périmètre politique s’arrête à Ousmane Sonko. »
Le message est clair : les institutions fonctionnent, les désaccords font partie du jeu démocratique, et il n’y a rien à négocier en dehors des cadres institutionnels existants. Toute tentative de « médiation » ou de « palabre » est présentée comme une distraction, voire une tentative de recentrer le débat sur autre chose
Le Sénégal n’est pas en situation de blocage institutionnel total. Le Parlement siège, le gouvernement gouverne, les institutions régaliennes fonctionnent. Sur ce point,Wally Diouf Bodiang a raison. Mais la démocratie ne se résume pas au fonctionnement formel des institutions. Elle repose aussi sur la capacité des acteurs à gérer les conflits de pouvoir sans les laisser dégénérer en guerre de tranchées.