Depuis le 29 juillet 2026, le Conseil des ministres ne s’est plus réuni au Palais de la République. Un mois entier de silence. La dernière session, présidée par le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye, s’était tenue quelques jours avant le Grand Magal de Touba. Depuis, plus rien.
Ce n’est pas tout à fait une rupture brutale. Depuis la formation du gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô, le rythme avait déjà changé. Le traditionnel rendez-vous hebdomadaire du mercredi avait cédé la place à une périodicité bimensuelle, avec, entre les sessions, des conseils et réunions interministériels placés sous l’autorité du Premier ministre. L’idée affichée était claire : laisser plus de temps à l’action et au suivi, plutôt qu’à la réunion pour la réunion. Mais un mois d’absence, même dans ce nouveau calendrier, finit par interroger.
Dans un pays où le Conseil des ministres reste l’un des rares moments où l’exécutif se donne à voir de manière collective, ce silence n’est pas anodin. Il intervient dans un contexte politique encore marqué par la rupture entre le président et Ousmane Sonko, par un gouvernement largement technocratique privé de la majorité parlementaire du Pastef, et par des défis économiques lourds : dette, discussions avec le FMI, tensions sociales, attentes populaires élevées.
Les questions fusent, légitimes. Est-ce le signe d’un recentrage de la méthode de gouvernance, où le travail se fait davantage en coulisses et dans les cabinets ministériels ? Ou le reflet d’une difficulté à faire fonctionner une équipe gouvernementale dans un paysage institutionnel fragmenté ? Le Conseil des ministres n’est pas qu’une formalité. C’est le lieu où se formalisent les orientations, où se prennent des nominations, où se valident des projets de textes, où le chef de l’État donne le tempo. Quand il s’interrompt trop longtemps, l’impression d’un exécutif en pause ou en mode gestion de crise s’installe, à tort ou à raison.
Certains y verront une prudence, voire une stratégie : éviter de multiplier les annonces dans un climat politique tendu, concentrer l’énergie sur la préparation de la déclaration de politique générale du Premier ministre ou sur les dossiers prioritaires. D’autres y liront un symptôme d’essoufflement ou de manque de coordination. Les deux lectures coexistent dans l’opinion, et c’est précisément ce flou qui nourrit les spéculations.
La démocratie ne se juge pas seulement à la fréquence des réunions. Elle se juge à la clarté, à la capacité d’expliquer, et à la production de résultats concrets. Un mois sans Conseil des ministres n’est pas, en soi, une catastrophe. Mais dans un pays qui attend des réponses sur le pouvoir d’achat, l’emploi, les services publics et la stabilité institutionnelle, le silence finit par devenir une communication en soi. Et cette communication, pour l’instant, laisse trop de place aux interprétations.
Le retour à un rythme régulier, ou à tout le moins une explication claire de la méthode retenue, serait sans doute utile. Non pas pour satisfaire une formalité, mais pour rappeler que le pouvoir, même lorsqu’il travaille dans le silence, a besoin d’être lisible. Car en politique, l’absence d’information est rarement neutre. Elle devient, rapidement, le terrain de toutes les interrogations.