Quelques mois après l’arrivée du nouveau régime, un constat s’impose : le Sénégal peine à entrer pleinement dans la dynamique d’émergence attendue par une population qui avait placé de grands espoirs dans l’alternance. Alors que les défis prioritaires du pays, emploi, santé, justice, infrastructures, formation exigent une action rapide et coordonnée, des clivages politiques grandissants semblent ralentir la marche de l’État.
L’élection du nouveau président avait suscité un immense élan d’espoir. Les Sénégalais attendaient un gouvernement capable de rompre avec les pratiques du passé, de mettre fin aux luttes politiques stériles et de recentrer la gouvernance sur l’essentiel : réduire la pauvreté, créer des opportunités pour la jeunesse, renforcer les services publics et accélérer le développement économique et social.
Pourtant, depuis les quelques mois, on observe un glissement préoccupant. Les priorités nationales, emploi massif, réforme de la santé, amélioration de l’éducation, accès à l’eau et à l’électricité dans les zones rurales, modernisation des infrastructures semblent reléguées au second plan, au profit de rivalités politiques internes qui s’expriment désormais jusque dans les plus hautes sphères de l’État.
La conséquence est immédiate : un ralentissement de l’action gouvernementale, un brouillage de la lisibilité du projet initial de Pastef , et un sentiment croissant de déception chez de nombreux citoyens.
Je constate que nous sommes dans les débats publics qui vont à l’encontre des priorités économiques , sociales et des médias détournés vers d’autres horizons.
La justice, en particulier, cristallise les frustrations. L’un des engagements phares du nouveau régime portait sur la transparence et la restauration de l’État de droit et la traduction des auteurs des crimes et les voleurs de deniers publics.Pourtant, la lenteur avec laquelle sont instruits les crimes et les exactions commis entre 2021 et 2024 interroge.
Personne n’imaginait attendre 18mois sans une vrai justice pour les mors surtout.Beaucoup attendaient des avancées rapides, mais la première année du mandat a plutôt révélé une inertie inquiétante. Cette stagnation laisse penser que la justice demeure encore prisonnière d’un système ancien, incapable de rompre totalement avec les influences politiques qui l’ont longtemps affaiblie.
Par ailleurs, le président Ousmane Sonko continue de promettre des réformes profondes et affirme avoir pleinement conscience de l’urgence des changements nécessaires. Cependant, ses marges de manœuvre restent extrêmement limitées, notamment face à un président de la République dont les intentions restent inconnues et dont le mutisme intrigue. Ousmane Sonko se trouve ainsi confronté à un appareil d’État profondément marqué par l’héritage de l’ancien régime et à un système enraciné depuis l’indépendance. À cela s’ajoute une dette publique colossale, qui freine tout investissement et limite la capacité d’action de l’exécutif.
Le Sénégal se retrouve ainsi à la croisée des chemins. Soit le gouvernement parvient à dépasser les rivalités politiques et à remettre l’intérêt national au centre de son action, soit l’alternance historique risque de perdre son sens et son élan.
L’heure n’est plus aux querelles internes, mais à une gouvernance déterminée, cohérente et tournée vers les défis réels du pays. Le peuple sénégalais a voté pour le changement ; il attend désormais des résultats.
Al Makhtar Mbaye Juriste Analyste et observateur politique