Au Sénégal, un scandale d’une ampleur inédite a éclaté avec le démantèlement d’un réseau international de pédocriminalité reliant la France et le Sénégal. Pierre Robert, un ressortissant français de 73 ans, est accusé d’avoir dirigé pendant près d’une décennie un groupe criminel spécialisé dans l’exploitation sexuelle d’enfants vulnérables. Surnommé le « patron » par ses complices, il est présenté comme le cerveau d’une opération sordide impliquant des « formateurs sexuels » porteurs du VIH, chargés de recruter et d’abuser de mineurs issus des rues, de familles pauvres ou de talibés .
Les Origines du Réseau : Un Projet Macabre Depuis 2017
L’affaire a débuté en 2017, selon les autorités sénégalaises, lorsque Pierre Robert, un restaurateur originaire de Beauvais en France, a mis en place un système structuré pour attirer de jeunes garçons sénégalais. Il aurait envoyé plus de 50 000 euros à des intermédiaires locaux via des transferts d’argent comme Western Union, afin de financer le recrutement de mineurs, la location d’appartements et la production de contenus pédopornographiques. Les victimes, âgées de 5 à 17 ans, étaient souvent des enfants des rues ou issus de milieux défavorisés. Les enquêteurs estiment que plus de 150 mineurs pourraient avoir été touchés par ce réseau, contraints à des rapports sexuels non protégés avec des hommes séropositifs, et filmés lors de ces abus.
Pierre Robert organisait des soirées privées dans une villa à Saly, une station balnéaire populaire sur la Petite Côte sénégalaise. Ces événements, qualifiés de « menus » par les complices, mettaient en scène des enfants détournés, abusés par des invités et filmés pour diffusion sur des réseaux pédocriminels. Plus grave encore, les instructions incluaient la transmission volontaire du VIH aux victimes, afin de les maintenir sous emprise, comme en attestent des messages interceptés où Pierre Robert déclarait : « Tu peux lui transmettre le VIH, on s’en fout. »
Les Complices : Les « Formateurs Sexuels » au Cœur du Système
Le réseau reposait sur un groupe de « formateurs sexuels » sénégalais, tous porteurs du VIH, chargés d’initier les enfants aux pratiques sexuelles avant de les livrer à des clients. Parmi les 14 personnes arrêtées le 6 février 2026 à Dakar et Kaolack, plusieurs ont avoué leur rôle :
- Amath Lô, intercepté aux Almadies dans un appartement financé par Pierre Robert même pendant son incarcération en France. Il se décrit comme la « femme » de Pierre Robert et a été trouvé en compagnie de sept jeunes garçons « recueillis » par le réseau.
- Malick Sène Guèye, arrêté à Ouakam. Une perquisition a révélé des robes et d’autres éléments incriminants, soulignant son implication dans le recrutement et la « formation ».
- Birame Senghor, surnommé « Boubacar Sweettie » dans les messages de Pierre Robert, avait pour mission d’initier des petits garçons au sexe.
- Babacar Diallo, un autre « formateur », a admis avoir recruté plusieurs mineurs de moins de 10 ans pour les « former au sexe » dans des appartements payés par Pierre Robert. Il a révélé un projet ambitieux : l’implantation d’un « Centre de formation au sexe » à Dakar pour institutionnaliser ces abus.
Ces complices, souvent issus du milieu de la prostitution homosexuelle, recevaient des paiements pour transformer les enfants en « objets sexuels » et filmer les actes. Quatre d’entre eux ont reconnu les faits, commis sur instructions directes de Pierre Robert.
Le Démantèlement : Une Coopération Franco-Sénégalaise
L’enquête a été lancée en France en avril 2025, après l’arrestation de Pierre Robert à Beauvais, suite à la découverte par son ex-mari de plus de 50 000 fichiers pédopornographiques sur son ordinateur. Une commission rogatoire internationale a été adressée au Sénégal, menant à l’intervention de la Division des Investigations Criminelles (DIC). Le 6 février 2026, 14 mandats de dépôt ont été délivrés par le doyen des juges après l’ouverture d’une information judiciaire.
Les charges retenues incluent la pédophilie en bande organisée, le proxénétisme, les viols sur mineurs de moins de 15 ans, les actes contre nature et la transmission volontaire du VIH. Pierre Robert, déjà incarcéré en France, est mis en examen pour traite d’êtres humains et production de pédopornographie.
Ce scandale met en lumière les vulnérabilités des enfants des rues et talibés au Sénégal, souvent exposés à l’exploitation en raison de la pauvreté et du manque de supervision. Des associations comme Amnesty International et des ONG locales appellent à renforcer les mesures de protection infantile et à intensifier la lutte contre le tourisme sexuel. Alors que l’enquête se poursuit, avec des ramifications possibles au Maroc où Pierre Robert se faisait appeler « Peter Babtou », la société sénégalaise espère que justice sera rendue pour les victimes.
Ce réseau, qualifié d' »Epstein français » par certains médias, rappelle l’urgence d’une coopération internationale contre la pédocriminalité. Les autorités sénégalaises et françaises continuent de collaborer pour identifier toutes les victimes et démanteler d’éventuels liens résiduels.
Ramatoulaye Sow