Le tournoi de pré-qualification olympique féminin pour les Jeux de Los Angeles 2028, disputé à Guadalajara (Mexique) du 17 au 23 août 2026, a tourné au scandale pour les Lionnes du Sénégal. Éliminées après trois défaites (contre le Canada, le Mexique et les Philippines), plusieurs joueuses se sont retrouvées bloquées sur place, dans des conditions qu’elles dénoncent comme indignes. Madjiguène Sène a brisé le silence, et la Fédération sénégalaise de basketball (FSBB) a répondu. Le débat enfle.
Le calvaire dénoncé par les joueuses
Quatre Lionnes Madjiguène Sène, Dioma Kane (Didi Kane), Nogaye Diagne et Sabou Guèye ont vécu un retour particulièrement difficile. Selon les témoignages relayés, notamment celui de Madjiguène Sène dans un live Facebook et sur les réseaux sociaux, les conditions de prise en charge ont été catastrophiques.
La pivot de 31 ans a décrit une situation de quasi-abandon : « Pour notre restauration, la Fédération nous donnait 50 000 FCFA par transfert Wave pour qu’on achète à manger. Qu’est-ce qu’on peut acheter avec 76 dollars ? Je vous le dis, des joueuses n’avaient même pas de serviettes hygiéniques alors que certaines étaient en période de règles. » Pour calmer les esprits, un complément de 143 000 FCFA (environ 250 dollars) a été envoyé, destiné à l’achat de produits de première nécessité. Madjiguène Sène et Khadija Faye ont dû prendre en charge la nourriture de la jeune Nogaye Diagne, qui, en larmes, a appelé le président de son club pour de l’aide. Elle-même a sollicité son mari pour 200 dollars afin de pouvoir manger.
Les problèmes ne se limitent pas au retour. Le trajet aller a déjà été un parcours du combattant : allers-retours multiples entre le Sénégal et le Maroc pour les formalités de visa Schengen, puis passage par le Brésil et la Colombie avant d’atteindre le Mexique. Au Brésil, les bagages n’ont pas pu être récupérés faute de visa permettant de sortir de la zone de transit. Les joueuses sont arrivées à Guadalajara épuisées, parfois malades (vomissements, diarrhées, palpitations), sans effets personnels, et avec une semaine sans entraînement normal. Certaines ont même dû payer de leur poche des billets ou des frais de bagages.
Une publication Instagram de Dioma Kane, revendiquant le droit des joueuses à s’exprimer et à poser des questions, a encore envenimé le climat avec l’encadrement administratif.
La version de la Fédération
Dans un communiqué daté du 23 août 2026, la FSBB rejette l’idée d’un abandon ou d’un retard. Elle rappelle que la date de retour initialement prévue pour toute la délégation était le lundi 24 août (lendemain de la fin du tournoi le 23), et qu’« aucun retard n’a donc été enregistré ».
Après l’élimination prématurée, des démarches ont été entreprises pour avancer le retour. Seules les joueuses disposant d’un visa Schengen ont pu emprunter un vol Air France plus tôt et rentrer dès le 23 août. Les quatre autres, contraintes par l’itinéraire Casablanca-São Paulo, sont restées sur le plan initial (départ le 24, arrivée à Dakar le 26). La Fédération affirme les avoir logées dans un hôtel cinq étoiles près de l’aéroport de Mexico et dans des salons VIP lors des longues escales, tout en leur fournissant une aide financière pour acheter des effets personnels en attendant la livraison de leurs bagages.
Sur le plan sportif, le bilan est sombre : trois défaites, dernière place du groupe, et un rêve olympique qui s’éloigne (la prochaine chance passera par l’AfroBasket 2027). Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de critiques récurrentes contre la gestion de la FSBB, présidée par Me Babacar Ndiaye : problèmes de visas lors de stages antérieurs, polémiques sur les primes, résultats en baisse, etc.
Les réactions sur les réseaux et dans la presse oscillent entre indignation face aux conditions de vie des athlètes et appels à plus de responsabilité partagée (État, Fédération, joueuses). Certains soulignent que le staff technique a tenté d’aider dans la mesure de ses moyens, tandis que d’autres pointent une désorganisation structurelle.
Cette crise met en lumière les fragilités du basket féminin sénégalais : logistique défaillante, manque de moyens, communication tendue entre athlètes et dirigeants. Les Lionnes méritent mieux. Reste à voir si les leçons seront tirées avant les prochaines échéances continentales.