La procédure judiciaire, censée durer un mois, s’enlise depuis avril. La Chambre d’accusation, pourtant saisie pour une libération d’office, reste silencieuse.
C’est une affaire qui avait fait grand bruit en juillet 2024. Alors que la Caisse de sécurité sociale (CSS) révélait un « carnage financier » de près de 1,8 milliard de francs CFA, deux employés de l’agence Wiltord de Colobane étaient déférés devant la justice. Parmi eux, Mamadou Sow, simple caissier, placé en détention provisoire pour association de malfaiteurs, détournement de deniers publics et blanchiment de capitaux . Aujourd’hui, son affaire semble être tombée dans l’oubli des rouages judiciaires.
Les faits, exposés par la direction juridique de la CSS, étaient accablants. Suite à un audit commandité par le directeur financier Djibril Ba, des chèques émis sans traçabilité auraient permis de détourner des sommes colossales entre 2021 et 2024. La plainte visait nommément le comptable Mame Thierno Birahim Bob et le caissier Mamadou Sow . Entendu en garde à vue, Mamadou Sow aurait reconnu les faits, bien que contestant le montant global, avouant avoir perçu environ 150 millions de francs CFA pour des acquisitions personnelles . Il expliquait avoir été entraîné dans ce système par son supérieur,Mame Thierno Birahim Bob, qui l’assurait de l’impunité.
Placé en détention provisoire, l’agent de caisse attendait que la justice examine son recours. La loi , en matière de détention provisoire pour les délits correctionnels, limite normalement cette période à six mois . Cependant, le délai d’examen de son recours, qui devait initialement durer un mois, traîne depuis avril dernier.
Face à cette inertie judiciaire, la défense de Mamadou Sow a tenté d’actionner le levier prévu par le droit sénégalais : la « libération d’office ». Cette procédure, qui peut être demandée par la chambre d’accusation de la Cour d’appel, est censée ordonner la remise en liberté d’un détenu dont la détention est jugée irrégulière ou excessive . La chambre d’accusation a été saisie dans ce sens, mais à ce jour, aucune décision favorable n’a été prise pour le caissier de Wiltord.
L’affaire de la CSS, en raison du montant faramineux détourné et des personnalités impliquées, a rapidement pris une dimension médiatique. D’autres cadres, comme le chef de l’agence Wiltord Khadim Fall, ont également été interpellés . La défense de Mame Thierno Birahim Bob avait même tenté de renverser la table en accusant certains responsables de la CSS de malversations plus anciennes et impunies, qui l’auraient en quelque sorte « inspiré » .
Pourtant, si les projecteurs se sont éteints sur ce dossier, Mamadou Sow, lui, est toujours derrière les barreaux.