Lorsque le nouveau pouvoir sénégalais a décidé, dès 2024, de lever le voile sur la réalité des finances publiques héritées de l’administration précédente, beaucoup ont crié au scandale politique . Deux ans plus tard, le Fonds monétaire international valide officiellement cette démarche de transparence. En confirmant l’existence d’une « dette cachée » et en saluant le courage des autorités, le FMI montre que révéler la vérité, aussi douloureuse soit-elle, était bien la meilleure décision.
Une dissimulation massive confirmée
Sous la présidence de Macky Sall, les chiffres officiels de la dette et du déficit avaient été significativement sous-évalués. La Cour des comptes, dans son rapport de février 2025, a établi que la dette publique représentait 99,7 % du PIB fin 2023, contre les 74,4 % annoncés auparavant. L’écart correspondait à environ 7 milliards de dollars de dettes non déclarées entre 2019 et 2024.
Le FMI a explicitement parlé de « dette cachée ». Edward Gemayel, alors chef de mission, a affirmé qu’il y avait eu « une décision très consciente de sous-estimer le stock de la dette ». Cette sous-estimation a permis au pays d’emprunter davantage et à des conditions plus favorables que si la réalité avait été connue. Les estimations ultérieures ont parfois porté le montant total non déclaré à plus de 11 milliards, voire autour de 13 milliards de dollars selon certaines analyses. Fin 2024, la dette du secteur public atteignait selon le FMI 132 % du PIB.
Loin de sanctionner le Sénégal pour avoir révélé le problème, le FMI a reconnu le mérite de cette démarche. Kristalina Georgieva, directrice générale de l’institution, a déclaré : « Je veux commencer par donner tout le crédit aux autorités sénégalaises pour avoir mis à découvert un problème majeur de fausses déclarations. Il y avait une dette cachée et ils l’ont mise en lumière. »
Cette reconnaissance est essentielle. En choisissant la vérité plutôt que la continuité des fausses déclarations, le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye a évité que le pays ne s’enfonce davantage dans une situation insoutenable. Continuer à cacher la réalité aurait conduit à de nouveaux emprunts sur des bases mensongères, aggravant le risque de crise plus tard et plus durement.
La révélation a eu un coût immédiat : suspension du précédent programme de 1,8 milliard de dollars, dégradations de notes souveraines, tensions sur les marchés obligataires et difficultés de financement. Le pays a dû s’appuyer davantage sur le marché régional et engager des mesures d’assainissement (hausse de certaines recettes, rationalisation des dépenses, réduction des subventions énergétiques, etc.).
Pourtant, le 1er septembre 2026, après de longues négociations, le FMI et le Sénégal sont parvenus à un accord au niveau des services sur un nouveau programme de 2,2 milliards de dollars sur 36 mois (Facilité élargie de crédit). Cet accord, encore soumis à l’approbation du Conseil d’administration du FMI et à des mesures correctives, marque un tournant. Il s’accompagne d’un engagement à restaurer la viabilité de la dette, notamment via un plan de traitement dans le cadre d’un « enhanced Common Framework ».
Révéler la dette cachée n’était pas seulement une question de morale ou de justice. C’était une condition préalable à toute reconstruction crédible. Sans une image claire de la situation réelle, aucun programme crédible avec les partenaires internationaux n’aurait été possible. Sans transparence, les marchés et les bailleurs auraient continué à douter. En acceptant de regarder la réalité en face, le Sénégal a recouvré la possibilité de discuter d’égal à égal et d’obtenir un soutien adapté.
Le chemin reste semé d’embûches : le service de la dette pèse lourd, des efforts budgétaires supplémentaires seront nécessaires et la mise en œuvre des réformes devra être rigoureuse. Mais le pays n’est plus dans le déni. Il dispose désormais d’une base de données fiables, d’un diagnostic partagé avec le FMI et d’une feuille de route.
En choisissant la transparence, le Sénégal a pris la décision la plus difficile… et la plus sage. Le FMI le confirme d’après Majdi Debbich représentant FMI au Sénégal