Il y a des textes qui interpellent par ce qu’ils disent. Et d’autres par ce qu’ils révèlent, parfois malgré leur auteur.
La contribution de Pape Alé Niang intitulée « Par devoir de reconnaissance » m’a surtout amené à m’interroger sur sa position actuelle.
Que Pape Alé rende hommage à Serigne Moustapha Sy relève de sa liberté et de ses convictions. Mais lorsqu’un tel texte semble également adresser des sous-entendus à ceux qui, hier encore, étaient parmi ses soutiens les plus constants, une question mérite d’être posée : où se situe aujourd’hui Pape Alé Niang dans le débat public?
Il fut un temps où Pape Alé Niang défendait une certaine conception du journalisme : celle d’une presse qui ne devait rien au pouvoir, qui interrogeait ses décisions, exigeait des comptes et rappelait inlassablement aux dirigeants leurs propres engagements.
Il ne s’agissait pas alors de savoir qui était au pouvoir. Le principe semblait simple : un engagement politique mérite d’être évalué à l’aune des actes posés une fois le pouvoir conquis.
C’est justement cette exigence, cette constance qui semble aujourd’hui lui manquer.
Le Président Bassirou Diomaye Faye a été élu sur une promesse de rupture : rupture avec certaines pratiques de gouvernance, renforcement de la souveraineté, transformation systémique, reddition des comptes et restauration d’une nouvelle éthique de l’action publique.
Depuis, plusieurs décisions et orientations du pouvoir ont suscité des interrogations, y compris parmi ceux qui avaient porté le projet de rupture.
Le rôle d’un journaliste n’est évidemment pas de s’opposer systématiquement au pouvoir. Mais il ne devrait pas davantage être de lui épargner les critiques auxquelles on soumettait hier ses prédécesseurs.
La question n’est donc pas de savoir si Pape Alé Niang doit soutenir ou combattre le pouvoir actuel. La question est de savoir s’il lui applique les mêmes exigences qu’hier.
Car le changement de statut ne devrait pas entraîner un changement de principes.
Du journaliste engagé au directeur général
Il faut aussi parler de la RTS.
Parce que la RTS n’est pas une propriété personnelle de son directeur général. Elle est une entreprise publique, financée par les ressources de la collectivité nationale. Elle a donc une responsabilité particulière : informer tous les Sénégalais, avec équité, neutralité et indépendance éditoriale.
Or certaines décisions récentes interrogent sérieusement cette exigence.
L’exemple de l’installation de Ousmane Sonko à la présidence de l’Assemblée nationale est particulièrement révélateur.
Comment comprendre que la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, média public national, n’ait pas retransmis en direct un événement institutionnel aussi important ?
Il ne s’agissait pas d’un meeting politique de Pastef. Il ne s’agissait pas d’une activité partisane. Il s’agissait de l’installation officielle du président de la deuxième institution de la République.
Que l’on apprécie ou non Ousmane Sonko, que l’on soit militant de Pastef, sympathisant de l’opposition ou simple citoyen sans affiliation politique, un événement de cette nature appartient à l’information nationale.
La RTS aurait dû être au rendez-vous.
Et c’est précisément parce qu’elle est publique que son devoir de neutralité est plus exigeant que celui d’un média privé.
On ne peut pas avoir dénoncé hier les médias publics lorsqu’ils semblaient mettre leur antenne au service du pouvoir, puis considérer aujourd’hui comme secondaires les mêmes principes lorsque les circonstances politiques nous sont favorables.
Le pouvoir change, les principes doivent rester
Pape Alé Niang a longtemps défendu une idée essentielle : le journaliste doit rester du côté du citoyen, pas du côté du pouvoir.
Cette conviction était respectable lorsqu’il était journaliste indépendant. Elle devrait l’être encore davantage aujourd’hui qu’il dirige le principal média public du pays.
Et c’est justement parce que son parcours est connu, que par devoir de mémoire nous le lui rappelons.
Ceux qui l’écoutaient hier lorsqu’il dénonçait les dérives du régime de Macky Sall peuvent légitimement se demander pourquoi cette même voix est aujourd’hui aphone face aux renoncements ou aux contradictions du nouveau pouvoir.
Le problème n’est pas qu’il soit devenu directeur général de la RTS.
Le problème serait qu’en devenant directeur général, il ait cessé d’être cet observateur exigeant du pouvoir qu’il nous demandait, hier, de respecter.
La fonction ne devrait pas faire disparaître les convictions.
Elle devrait, au contraire, les mettre à l’épreuve.
Et si Pape Alé Niang souhaite aujourd’hui rappeler à certains militants leurs responsabilités, pourquoi pas ? Mais avant de distribuer les bons et les mauvais points, il serait peut-être utile de se poser une question beaucoup plus simple :
Sommes-nous encore capables d’exiger du pouvoir actuel ce que nous exigions du pouvoir précédent ?
C’est cela, au fond, le véritable devoir de mémoire.
Et peut-être même le véritable devoir de reconnaissance : reconnaître que les principes que nous défendions hier ne deviennent pas moins importants simplement parce que ceux que nous critiquions hier ont changé de place.
Pape Samba Seye, juriste et chroniqueur à Xalaat TV.
MERCI PAPE SAMBA
Décidement , ce n’est plus la même personne ce pape alé !!!! Qui me l’aurait dit…..je l’aurai pas cru….ppfff
Merci beaucoup encore une fois pour le travail exceptionnel que vous êtes entrain de faire.
JËRËJËF
Pape samba tu es une fierté pour cette jeunesse
Une analyse très pertinente et franchement tu as tout résumé…. Merci d’être du côté de la vérité
Moi personnellement, le cas de Pape Alé Niang et capitaine Touré me dépasse.
Comment peut on changer de veste en si peu de temps avec tous ceux qu’ils ont enduré avec le régime de Macky Sall ?
Toute façon un traitre restera toujours un traitre
Merci pape samba comme on dit le pouvoir ne change pas les hommes il révèle leur vrai nature. Merci pour ces vérités
Merci. Très bon article
Bravo PSS, vous avez bien répondu et yout résumé. PAN a déçu beaucoup de monde, qui l’aurai cru. On se rend compte que Pastef a été infesté par beaucoup de jouisseurs qui n’hesitent pas aujourd’hui à le trahir toute honte bue. Pathétique !