En attendant la confirmation de la teneur politique, économique et financière de l’accord entre le Fonds monétaire, international et le gouvernement du Séné-gal, le• ministre de l’Économie et des Finances, Cheikh Diba, a annoncé les conclusions des négociations et la mise en œuvre du prochain programme gou-vernemental, le Plan de Traitement de la Dette du Sénégal (PTDS).
Les deux partenaires sont désormais dans attente du feu vert du Conseil d’administration du Fonds.
Le ministre de l’Économie et des Finances a fait son plaidoyer. L’ajustement structurel constitue la face occultée par un langage de rupture avec les orientations antérieures du Plan de Redressement Économique et So-cial. La page des efforts consentis pour construire la Vision 2050 et la stratégie de rupture incarnée par l’Agenda national de Transformation se referme en si-lence. L’ajustement structurel se profile ainsi a court et moyen termes.
En dépit du refus officiel du terme « ajustement », il ne fait pas de doute que le Fonds monétaire international assujettit le décaissement de 2,8 milliards de dollars à des conditions et exigences liées aux règles de financement du Fonds et des bailleurs internationaux. Le ministre a accepté les exigences fondamentales des . experts du Fonds. Le traitement de la dette figure parmi les préalables. La dette colossale héritée de l’ancier régime reste la muraille de défense du
Fonds, qui soutient qu’elle n’est pas soutenable au regard de son importance et des capacités du Sénégal à honorer ses ?engagements. En acceptant le traitement de la dette, le gouvernement se plie, sans le reconnaître, à l’approche et aux exigences du Fonds. Celui-ci ouvre l’accès aux crédits internationaux à condition que le gouvernement se soumette aux règles de transparence budgétaire.
La gestion des finances publiques, les dépenses et les priorités seront parallèlement soumises aux exigences de l’assistance technique, économique et financière du FMI.
L’abandon du Plan de Redressement Économique et Social est symptomatique de la fin des orientations straté-, giques du PRES.
Le développement endogène durable et le financement par les ressources nationales ou sous-régio-nales ne sont plus les paramètres privilégiés avec le traitement de la dette et les exigences du Fonds. On ne peut vouloir une politique de rupture et son contraire. L’ajustement est au centre du nouveau programme porté par le traitement de la dette du Sénégal.
Il n’y a rien de nouveau dans la démarche du Fonds monétaire internatio-nal. Les remèdes, les méthodes et les objectifs restent les mêmes. Le ministre de l’Économie et des Finances utilise, à la limite, les éléments de langage de ses prédécesseurs pendant les ajustements.
Le gendarme de la finance internationale
a son mode de gouvernance, ses mécanismes de financement et de contrôle. L’ajustement est l’ADN du Fonds dans les contextes de crise éco-
¡nomique, de dette, de déficit budgétaire ou de rareté des ressources.
Le Sénégal a été mis sous ajustement en 1979, au début de l’arrivée au pouvoir d’Ab-idou Diouf. Bien d’autres pays africains ou asiatiques ont suivi ce modèle de sortie de crise. Le Sénégal croupit actuellement sous le poids de sa dette et de la malgouvernance politique et économique.
Comparativement aux contextes de la première génération des ajustements structurels en Afrique, la situation actuelle présente des similitudes troublantes.
La situation macroéconomique et financière rappelle celle des époques d’ajustement.
Certains signes de faiblesse traduisent la dégradation continue de l’endettement, atteignant des seuils critiques, et un déficit budgétaire jugé préoccupant par les experts internationaux.
Le Plan de Traitement de la Dette et ses mesures phares ne seraient ainsi qu’une nouvelle manière de nommer l’ajustement structurel en perspective.
Le refus d’assumer l’ajustement est lié au fait que le gouvernement est conscient que le reniement du PRES aura des conséquences.
La prise de conscience des syndicats, des populations et de la jeunesse exige de la souplesse et de la pédagogie pour faire passer cette pilule amère dans un contexte préélectoral peu favorable à un gouvernement sans majorité politique contrôlant le Parlement.
Le gouvernement ne veut pas jeter de l’huile sur le feu. La proclamation de l’ajustement structurel risquerait de provoquer la mobilisation des travailleurs.
En prévision de la colère sociale, il annonce l’élargissement des bénéficiaires des Bourses familiales. Cet argument est, à la limite, politicien. La pauvreté se développe en ville comme en campagne. La bourse familiale n’a jamais arrêté la paupérisation des familles vulnérables, le chômage, le démantèlement du tissu social et l’accès difficile aux services de base.
Désormais, le traitement de la dette remplace le Plan de Redressement Economique et Social et ouvre, selon cette lecture, le chemin du reniement de la souveraineté politique et économique, du retour au développement extraverti et de la soumission aux règles de la finance internationale et des multinationales.
L’ironie de l’histoire réside dans le fait que, pour la troisième fois, les alternances politiques se plient aux injonctions du Fonds monétaire interna-tional. Les Sénégalais changent démocratiquement de gouvernance sans changer les orientations politiques et économiques : un éternel recommencement à la Sisyphe.