Dans un contexte de tensions autour de la qualité des produits hygiéniques , un nouveau rebondissement vient secouer l’affaire Softcare. L’équipe des pharmaciens inspecteurs en service à l’Agence sénégalaise de Réglementation pharmaceutique (ARP) a publié un communiqué officiel, daté du 18 décembre 2025, pour dénoncer un document antérieur émis le 16 décembre et relatif à la société Softcare SN Company Limited. Ce communiqué, signé par des figures clés de l’inspection pharmaceutique, met en garde les professionnels de santé et la population contre des informations jugées erronées et non autorisées.
Tout commence le 11 décembre 2025, lorsque l’ARP annonce la suspension immédiate de la commercialisation des produits de la marque Softcare, notamment les couches pour bébés et les serviettes hygiéniques. Cette décision fait suite à une inspection menée à l’usine de Softcare SN Company Limited, située à Sindia, dans la région de Thiès. Les inspecteurs y ont découvert des irrégularités graves, incluant la présence de matières premières périmées dans le circuit de fabrication. Selon le communiqué officiel de l’ARP, signé par son directeur général Abou Talib Diouf, ces manquements posent un risque potentiel pour la santé des consommateurs, particulièrement vulnérables comme les enfants et les femmes.
Cette mesure a provoqué une onde de choc : associations de commerçants ont réagi, exigeant des compensations pour les stocks invendus, tandis que des consommateurs ont rapporté des plaintes liées à des irritations ou infections potentielles. Softcare, une entreprise locale spécialisée dans les produits d’hygiène, a rapidement défendu sa position, affirmant collaborer avec l’ARP pour rectifier les anomalies.
Le 16 décembre 2025, une nouvelle inspection est menée à l’usine de Sindia. Peu après, un communiqué circule, annonçant que les produits Softcare sont jugés conformes aux normes sanitaires. Selon ce document, les matières premières périmées n’auraient pas été utilisées dans la production, et les produits pourraient être remis sur le marché sans risque. Cette annonce, relayée par plusieurs médias, semble marquer un revirement de l’ARP, qui affirme poursuivre ses missions de surveillance pour protéger la santé publique.
C’est dans ce climat confus que l’équipe des pharmaciens inspecteurs publie son communiqué le 18 décembre 2025. Signé par le Dr Moussa Diallo, directeur de l’Inspection pharmaceutique, de la surveillance du marché et des vigilances, ainsi que par le Dr Ahmadou Bamba Sow et le Dr Moussa Mbaye, chefs de service, le document est clair : le communiqué du 16 décembre ne reflète pas la réalité des faits observés lors de l’inspection sur site.
Les inspecteurs affirment n’avoir en aucun cas procédé à la rédaction d’un tel rapport, qui met leur image en porte-à-faux. Ils rappellent que seul la direction générale de l’ARP est habilitée à émettre des rapports officiels d’inspection. « Les inspecteurs tiennent à préciser que le rapport officiel n’a pas signé et transmis aucun examen des dossiers, visite des locaux et interaction avec les responsables en vigueur », peut-on lire dans le texte. Ils soulignent également que Softcare SN Company Limited n’est pas autorisée à produire ou diffuser des rapports d’inspection, et que toute communication contraire vise à tromper le public.
Le communiqué met en garde contre les risques pour la population : « A ce titre, nous rappelons que seuls les rapports techniques validés par le DSV comportent foi devant la loi et dans l’évaluation de la conformité des établissements pharmaceutiques pour préserver la santé de la population. » Les inspecteurs réaffirment leur engagement en faveur de la protection de la santé publique et invitent au respect des exigences réglementaires et de la rigueur scientifique lors de l’exercice de leurs missions.
Le Syndicat autonome des médecins du Sénégal (SAMES) a exigé des explications de l’ARP, tandis que des médias parlent d’un « détail qui fait tache » dans le nouveau communiqué, suggérant des incohérences internes.
Sur le plan plus large, cette controverse met en lumière les défis de la régulation pharmaceutique au Sénégal. L’ARP, créée en 2022 et régie par la loi de 2023, est chargée de veiller à la qualité des produits de santé. Mais des cas comme celui-ci soulèvent des questions sur la communication interne, la prévention des fakes news et la protection des consommateurs dans un secteur sensible.
Softcare, de son côté, n’a pas encore réagi officiellement à ce dernier communiqué. L’entreprise, installée à Sindia, emploie localement et fournit des produits essentiels, mais elle pourrait faire face à des poursuites si des irrégularités sont confirmées.

Sokhna Aminata Diane