Amadou Sall, fils de l’ancien président sénégalais Macky Sall, fait actuellement l’objet d’une enquête judiciaire au Sénégal depuis avril 2025 pour des soupçons de transferts de fonds douteux. Malgré ces démêlés, il a récemment rebondi à Rabat, au Maroc, où il s’investit dans le secteur de la pâtisserie, de la torréfaction de café et de l’événementiel. Associé à des partenaires marocains et à un philanthrope malien, il détient 50 % des parts du groupe Bani, une entreprise nouvellement créée.
L’information a été révélée par le site marocain Tel Quel, sans entrer dans les détails. Des investigations menées par Confidentiel Afrique auprès de plusieurs sources au cours des dernières 48 heures ont permis de confirmer ces éléments. Depuis la chute du régime de son père en 2024, Macky Sall avait publiquement qualifié son fils de « chômeur » n’ayant occupé aucun poste officiel pendant son mandat. Aujourd’hui, Amadou Sall partage son temps entre Dubaï, Abidjan et Rabat, où il a acquis 50 % des parts de Bani Group, une société fondée il y a un peu plus de deux mois.
Selon les documents de l’Office marocain de la propriété industrielle et commerciale, Bani Group est enregistrée sous le numéro de registre de commerce 193373, avec comme activité principale « autres services de restauration et traiteur ». L’entreprise se concentre sur la restauration, avec un accent sur la pâtisserie, la torréfaction de café en provenance du Rwanda, et l’organisation d’événements. Amadou Sall, qui réside principalement à Marrakech, développe ses affaires entre Dubaï et Abidjan, tout en étendant son influence à Rabat pour faire prospérer ce nouveau projet.
Sous la pression judiciaire à Dakar, le nom d’Amadou Sall a émergé dans le débat public vers la fin du mandat de son père, souvent lié à des transactions financières suspectes malgré les déclarations de Macky Sall le présentant comme un simple chômeur sans implication administrative. Après l’élection présidentielle de 2024, Amadou a quitté le Sénégal suite au départ de son père, qui s’est installé dans sa résidence à Marrakech avec son épouse. En mai 2025, il a été convoqué par le Pôle judiciaire et financier dans une affaire impliquant environ 10 milliards de francs CFA. En janvier 2026, il a officiellement pris 50 % des parts de Bani Group, une société basée à Rabat spécialisée dans la restauration, la pâtisserie et d’autres activités connexes. Il serait associé à des Marocains et à un partenaire du monde du football.
Par le passé, Amadou Sall avait noué une brève relation d’affaires avec Ibrahima Bâ, fils de l’ancien Premier ministre Amadou Bâ, pour créer une société immobilière. Selon un rapport de la Centif (Cellule nationale de traitement des informations financières), ils avaient investi 500 millions de francs CFA. Cette affaire a conduit, en septembre dernier, à l’inculpation et à la mise sous mandat de dépôt d’Ibrahima Bâ pour association de malfaiteurs et blanchiment de capitaux par le Parquet du Pôle judiciaire financier.
Bani Group : Un Paravent Financier ?
Le secteur de la restauration au Maroc connaît une croissance rapide, attirant des investisseurs passionnés par la gastronomie, mais aussi des acteurs aux motivations plus opaques. Des enquêtes informelles et des témoignages d’experts en finances soulignent des pratiques potentielles de blanchiment d’argent, facilitées par les paiements en liquide et la difficulté à tracer les flux financiers. Certains établissements servent ainsi de façades à des opérations illicites, nuisant à la concurrence loyale et à la réputation du secteur.
L’implication d’Amadou Sall dans Bani Group illustre cette problématique à une échelle plus large. Cette affaire suscite des débats sur l’utilisation de structures commerciales légitimes pour dissimuler des fonds d’origine douteuse. En Afrique, cette tendance est récurrente : des entreprises ordinaires, comme des restaurants au Maroc ou des sociétés commerciales au Sénégal, sont employées pour donner une apparence de normalité à des opérations questionnables sur le plan légal et moral. Ces cas soulignent l’urgence d’un contrôle renforcé, d’une vigilance accrue des autorités et d’une sensibilisation des acteurs économiques. La transparence et une régulation stricte sont essentielles pour préserver la crédibilité des secteurs impliqués et restaurer la confiance des citoyens dans les institutions économiques.
Ramatoulaye Sow