Dans le département de Goudomp, situé dans la région de Sédhiou au Sénégal et frontalier avec la Guinée-Bissau, le vol de bétail a pris des proportions alarmantes, transformant cette zone rurale en un foyer majeur de ce phénomène criminel. En l’espace d’une année, pas moins de 950 têtes de bétail ont disparu, dont 930 bovins, plongeant les éleveurs dans une détresse économique et sociale profonde. Ce fléau, souvent perpétré par des bandes armées traversant la frontière poreuse, met en péril la subsistance de milliers de familles qui dépendent de l’élevage pour survivre.
Une Explosion des Vols en 2025 : Des Chiffres Alarmants
Le mois de janvier 2025 a été particulièrement dévastateur pour les éleveurs de Goudomp. Selon des rapports locaux, 600 bovins et 612 caprins ont été dérobés en seulement trente jours, aggravant une situation déjà critique. Mais ces chiffres ne sont que la pointe de l’iceberg. Entre janvier et août 2025, les communautés du Balantacounda ont signalé la perte de 764 bêtes, incluant bovins et petits ruminants, souvent volés lors de razzias nocturnes impliquant des armes à feu.
De 2024 à août 2025, plus de 1 300 animaux ont été emportés, avec seulement 485 restitués à leurs propriétaires grâce aux efforts des forces de sécurité. L’arrondissement de Simbandi Brassou, particulièrement touché, enregistre annuellement plus de 500 têtes volées, toutes espèces confondues. Ces attaques ne se limitent pas au vol : elles s’accompagnent de violences, augmentant les risques de vendettas entre communautés locales et transfrontalières.
La proximité avec la Guinée-Bissau facilite ces opérations. Les voleurs profitent de la frontière mal surveillée pour écouler le bétail volé sur des marchés voisins, rendant la traçabilité quasi impossible sans coopération bilatérale renforcée.
Impacts sur les Éleveurs : De la Détresse à la Précarité
Pour les éleveurs de Goudomp, le bétail représente bien plus qu’une source de revenus : c’est un patrimoine culturel et un pilier économique. La perte de ces animaux entraîne une chute drastique des moyens de subsistance, forçant de nombreuses familles à abandonner l’élevage ou à s’endetter pour reconstituer leurs troupeaux. « Nous vivons dans la peur constante des raids armés », témoigne un éleveur local lors d’un forum récent, soulignant les risques pour la sécurité humaine en plus des pertes matérielles.
Cette insécurité chronique, héritée des conflits passés comme la guerre de libération en Guinée-Bissau et le conflit casamançais, exacerbe les tensions communautaires. Sans intervention rapide, les experts craignent une escalade vers des conflits plus larges, avec des risques de vendettas transfrontalières.
Face à cette menace, des efforts locaux et internationaux émergent. En septembre 2025, un forum sur le vol de bétail s’est tenu à Niagha, dans le département de Goudomp, où les éleveurs ont plaidé pour une collaboration accrue avec la Guinée-Bissau. Des organisations comme WANEP Sénégal ont lancé des campagnes de marquage du bétail pour faciliter l’identification et la restitution, en partenariat avec les autorités locales et les forces de sécurité.
Depuis 2023, des projets soutenus par la Coopération Autrichienne pour le Développement visent à lutter contre le vol transfrontalier via des dialogues intercommunautaires et des forums de plaidoyer. Les éleveurs de Simbandi Brassou réclament justice et une protection accrue de leurs biens, appelant à un renforcement des patrouilles frontalières et à des accords bilatéraux plus efficaces.
Le vol de bétail à Goudomp n’est pas seulement un problème local ; il reflète les défis sécuritaires des zones frontalières en Afrique de l’Ouest. Sans une action concertée des gouvernements sénégalais et bissau-guinéen, soutenue par la communauté internationale, ce fléau risque de s’aggraver, menaçant la stabilité régionale. Les éleveurs, piliers de l’économie rurale, méritent une protection immédiate pour préserver leur mode de vie et contribuer au développement du Sénégal.
Ramatoulaye Sow