Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale, est revenu sur un dossier sensible qui date de plusieurs années : la gestion d’Aminata « Mimi » Touré à la tête du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Selon lui, l’ancienne présidente de l’institution a été épinglée par l’Inspection générale d’État (IGE) pour des faits d’une gravité particulière.
Ousmane Sonko affirme que le rapport de l’IGE a mis en lumière la création, par Mimi Touré, de fonds spéciaux sans aucun texte les prévoyant. Trois comptes auraient été ouverts sur lesquels 2 milliards 136 millions de francs CFA ont été virés « en parfaite irrégularité ».
Selon ses propos : « Mimi Touré a été épinglée par l’Inspection générale d’État. Elle avait créé trois comptes sur lesquels 2 milliards 136 millions de FCFA ont été virés en parfaite irrégularité. J’ai transmis le dossier à la Justice. »
Le leader de Pastef insiste sur le fait qu’il n’a fait qu’appliquer le principe de continuité de l’État, rappelant que ce rapport avait déjà été élaboré sous le régime de Macky Sall et que l’ancien Premier ministre Amadou Ba avait commencé à le faire exécuter dès 2023.
Ce que dit le rapport de l’IGE
Le document de l’Inspection générale d’État, qui porte sur la gestion de Mimi Touré entre mai 2019 et octobre 2020, relève plusieurs manquements graves :
- Une somme de 2 136 548 818 FCFA aurait été budgétisée et exécutée dans des conditions non conformes à la réglementation, puis orientée vers des destinations inconnues.
- Des comptes intitulés « Fonds d’intervention sociale », « Œuvres sociales » et « Aides & Secours » ont été massivement débités (plus d’un milliard pour le seul Fonds d’intervention sociale).
- Des retraits en espèces dépassant 1,4 milliard de FCFA auraient été effectués et remis directement à la présidente du CESE, sans aucune décharge.
- Des contrats de communication auraient été signés et payés sans intérêt ni contrepartie réelle pour l’institution.
Ces éléments, selon plusieurs sources, ont conduit à la transmission du dossier au Pool judiciaire financier par l’Agent judiciaire de l’État.
Ce rappel public par Ousmane Sonko intervient dans un contexte de tensions politiques. L’ancienne Première ministre et ex-égérie de la « bonne gouvernance » sous Macky Sall occupe aujourd’hui des fonctions importantes auprès du président Bassirou Diomaye Faye. Pour une partie de l’opinion, ce dossier soulève la question de la cohérence dans la lutte contre la malversation des deniers publics.
Jusqu’ici, Aminata Touré n’a pas publiquement répondu en détail à ces accusations spécifiques liées au CESE.
Le dossier du CESE n’est pas nouveau. Il date de 2020-2023. Ce qui est nouveau, c’est la volonté affichée par Ousmane Sonko de le remettre sur la place publique et de le faire avancer judiciairement. Reste à savoir si la justice ira au bout de la procédure ou si ce dossier restera, comme tant d’autres, dans les tiroirs.