Ce mardi 8 septembre 2026, en séance plénière à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a prononcé sa Déclaration de politique générale (DPG). Nommé le 25 mai 2026 par le président Bassirou Diomaye Faye en remplacement d’Ousmane Sonko, l’économiste et ancien haut cadre de la BCEAO a ainsi présenté, pour la première fois devant la représentation nationale, les orientations et la méthode de son gouvernement.
La DPG, prévue par la Constitution, permet au chef du gouvernement d’exposer les priorités de l’action gouvernementale à court et moyen terme. Initialement annoncée pour le 1er septembre, elle avait été reportée au 8 septembre. Elle intervient dans un contexte politique particulier : Ousmane Sonko, limogé de la Primature, préside désormais l’Assemblée nationale, et les relations entre l’exécutif et le Parlement restent marquées par des tensions.
Ahmadou Al Aminou Lô a d’emblée adopté un ton solennel. Il a rejeté les « clivages politiques extrêmes et les violences verbales », affirmant que « ce n’est pas ça le Sénégal ». Il a longuement évoqué les souffrances quotidiennes de millions de Sénégalais : jeunes en quête d’emploi, malades sans prise en charge, familles vulnérables, retraités aux pensions modestes, populations confrontées aux inondations, travailleurs de l’informel, agriculteurs, pêcheurs, forces de défense et de sécurité, ou encore migrants de la diaspora. Il a rappelé qu’environ 8 millions de personnes, soit 40 % de la population, vivent dans la vulnérabilité ou la pauvreté, les qualifiant de « premiers mandants » auxquels les responsables politiques doivent penser avant chaque acte et chaque parole.
Le cap « Sénégal 2050 » et la méthode de la rigueur
Le Premier ministre a réaffirmé l’ancrage du gouvernement dans le référentiel « Sénégal 2050 : Agenda de transformation ». Sa méthode, a-t-il précisé, repose sur « la rigueur, le pragmatisme et la redevabilité ». Sa contribution personnelle portera sur la conduite opérationnelle des réformes, l’efficacité administrative et une éthique de responsabilité guidée par « la vérité des chiffres ».
Il a décrit l’économie sénégalaise comme une « petite économie ouverte », exposée aux chocs externes, avec des risques liés à l’inflation, aux déficits structurels de la balance des paiements et aux fragilités du secteur financier. Il a appelé à une réforme du cadre macroéconomique pour restaurer la crédibilité internationale de l’État. Sur la monnaie, il s’est clairement positionné en faveur de l’Eco, dans le tempo défini par la CEDEAO, tout en soulignant la nécessité de comptes sincères et de la solidité de la monnaie commune.
La stabilité sociale a été présentée comme une condition préalable à tout projet de construction nationale : « Aucun grand ouvrage ne s’élève sur un sol qui tremble. » Il a notamment évoqué le prix du pain comme enjeu lié au pouvoir d’achat. En conclusion, il a rappelé que les enfants nés cette année auront 24 ans en 2050, soulignant que le cap fixé par Sénégal 2050 concerne directement cette génération.
Lors de son intervention, le Premier ministre a également condamné les discours xénophobes, jugés contraires aux valeurs et à l’histoire du Sénégal, pays bâti sur le métissage sous-régional. Il a plaidé pour le respect des règles de séjour par les étrangers tout en rejetant toute stigmatisation.
Cette DPG s’inscrit dans un contexte économique difficile, marqué par les discussions avec le FMI sur un nouvel accord de 36 mois (Facilité élargie de crédit) d’environ 2,2 milliards de dollars, visant à accompagner les réformes 2026-2029, la mobilisation des recettes, la maîtrise des dépenses et la gestion de la dette.
Ahmadou Al Aminou Lô, technocrate reconnu pour son expertise macroéconomique et financière, a ainsi tenté de poser les bases d’une action gouvernementale centrée sur la rigueur et les résultats concrets. Le débat qui suit sa déclaration, et l’éventuel vote de confiance qu’il pourrait solliciter, seront scrutés de près dans un hémicycle où les rapports de force politiques restent complexes.
L’exercice marque un moment important pour le gouvernement formé le 1er juin 2026. Il reste à voir comment les priorités annoncées se traduiront en mesures concrètes pour répondre aux attentes sociales et économiques du pays.