Il devait être moderne, spécialisé en médecine sportive, doté d’un héliport et implanté à proximité immédiate de la Dakar Arena, à Diamniadio. Il devait attirer des athlètes internationaux, permettre des évacuations médicales rapides et générer une activité économique autour du complexe sportif inauguré en 2018. Pourtant, aucune première pierre n’a jamais été posée. Ce projet d’hôpital, porté par le Sénégalais Amadou Kane Diallo, est devenu l’un des éléments centraux du volet sénégalais de la procédure fédérale américaine engagée contre lui.
Amadou Kane Diallo, ressortissant sénégalais résidant en Californie (Laguna Niguel / Orange County), dirigeait les sociétés Virtual Advisors LLC et Liquide Inc. Entre 2015 et 2020, selon le Département américain de la Justice (DOJ), il aurait convaincu au moins onze investisseurs de financer des projets dans les domaines de la technologie, de la santé, de l’immobilier et des services destinés à la diaspora africaine. Ces investisseurs auraient versé plus de 1,87 million de dollars (environ 1 milliard de francs CFA). L’accusation affirme que la majeure partie de ces fonds a servi à financer un train de vie luxueux : loyers, véhicules de prestige (Rolls-Royce Ghost, Ferrari 458 Spider), vêtements, restaurants, clubs de sport, spas et autres dépenses personnelles.
En septembre 2023, un acte d’accusation supplémentaire a ajouté un chef de violation de la Foreign Corrupt Practices Act (FCPA), la loi américaine anti-corruption internationale. Selon le parquet fédéral, Diallo aurait cherché de manière corrompue à obtenir une attribution de terrain au Sénégal auprès de responsables gouvernementaux, terrain dont il entendait tirer de la valeur (notamment par un emprunt hypothécaire). Ce projet hospitalier près de la Dakar Arena se trouve au cœur de ce volet.
Les éléments versés au dossier retracent plusieurs étapes. En novembre 2018, Diallo aurait accueilli en Californie un haut responsable sénégalais , en charge notamment de questions liées au développement immobilier, aux investissements et aux marchés publics. Il lui aurait offert un hébergement de luxe, des transports et des divertissements, dont un vol en hélicoptère charter (Airbus H125) pour assister à un match des Los Angeles Lakers. La défense présente ce trajet comme une démonstration concrète du modèle envisagé pour Diamniadio : une grande enceinte sportive, un établissement médical voisin et un héliport permettant de les relier. Le parquet et le témoignage du pilote offrent une lecture différente, plus limitée à un simple survol.
En décembre 2018, Diallo s’est rendu au Sénégal, accompagné d’investisseurs. Des présentations, cartes de développement, correspondances et photographies avec des personnalités sénégalaises figurent parmi les pièces. Vers le 31 décembre 2018, il aurait rencontré un autre responsable et, selon l’accusation, proposé de fournir cinq véhicules pour une campagne politique, afin d’obtenir l’attribution du terrain. Diallo aurait estimé la valeur de ce foncier entre 120 et 300 millions de dollars (jusqu’à environ 170-180 milliards de francs CFA selon les conversions évoquées dans la presse sénégalaise).
Le projet n’a jamais abouti. Aucun hôpital correspondant à cette description n’existe à proximité de la Dakar Arena, pas plus que l’héliport imaginé. Les autorités sénégalaises mentionnées dans les documents américains ne sont pas inculpées dans cette procédure américaine. Il s’agit d’allégations du parquet fédéral que celui-ci devra prouver devant le tribunal de district du Central District of California (dossier 8:23-cr-00054).
L’affaire a été largement relayée par la presse sénégalaise et suit son cours aux États-Unis. Diallo fait face à une vingtaine de chefs d’accusation (fraude électronique, blanchiment et corruption internationale). La procédure a connu plusieurs reports, des changements d’avocats et des débats sur le financement de la défense. Le projet hospitalier fantôme de Diamniadio illustre, selon l’accusation américaine, comment des ambitions d’investissement en santé et en immobilier au Sénégal se seraient entremêlées à un schéma de sollicitation d’investisseurs et de recherches d’avantages auprès de responsables publics.