Présent sans interruption au Conseil de régulation depuis 2017 (reconduit en 2020 sous Macky Sall, puis maintenu après la transformation de l’ARMP en ARCOP en 2023), Moundiaye Cissé a été de nouveau nommé par décret du 21 avril 2026 pour un mandat de trois ans renouvelable une fois à l’Autorité de régulation de la commande publique (ARCOP). Une longévité rare qui relance deux débats : celui du décompte des mandats depuis le passage de l’ARMP à l’ARCOP, et celui de la constance de ses positions en matière de gouvernance et de transparence.
Une présence quasi ininterrompue
Directeur exécutif de l’ONG 3D, Moundiaye Cissé siège au titre de la société civile. Il a intégré le Conseil de régulation de l’ARMP en 2020 (décret n° 2020-969), après avoir déjà été associé à l’instance sous le précédent mandat. Lors de la réforme de 2023 qui a transformé l’ARMP en ARCOP (décret n° 2023-832 du 5 avril 2023), élargissant les compétences à l’ensemble de la commande publique (marchés publics + partenariats public-privé), il a été reconduit. Le décret du 21 avril 2026 prolonge encore cette présence jusqu’en 2029.
Selon les textes, les membres du Conseil de régulation sont nommés pour trois ans, renouvelables une seule fois. La question qui se pose est simple : comment compter les mandats lorsque l’institution change de nom et de périmètre ? Certains observateurs estiment que la continuité de fait depuis près de neuf ans (2017-2026) contourne l’esprit de la limitation à deux mandats. D’autres y voient une reconnaissance de l’expérience et de la stabilité institutionnelle.
Une image de « chantre de la transparence » sous le regard
Moundiaye Cissé s’est construit une réputation de voix critique sur la bonne gouvernance. Il a régulièrement appelé à des enquêtes (OFNAC sur le projet « Un étudiant, un ordinateur », commissions parlementaires sur ASER et ONAS, etc.) et insisté sur la traçabilité des fonds publics.
Pourtant, sa position récente sur les 500 millions de francs CFA annoncés par la Fondation Sénégal Solidaire dirigée par Marie Khone Faye, première épouse du président pour l’achat de billets aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 a surpris. Interrogé sur Radio Sénégal, il a estimé qu’il n’y avait « aucun problème si les textes le permettent », tout en rappelant la nécessité de connaître l’origine des fonds et les modalités de gestion. Une formulation jugée prudente, voire accommodante, par certains de ses critiques habituels, qui y voient un contraste avec ses positions plus tranchées sur d’autres dossiers.
Le débat s’étend aussi à l’interprétation de certaines dispositions du décret de 2023 (notamment autour des règles de renouvellement et de cumul de mandats). L’article 39 et les dispositions transitoires liées à la transformation ARMP-ARCOP laissent une zone grise que le décret de 2026 n’a pas explicitement clarifiée.
Au final, la reconduction de Moundiaye Cissé pose une question de principe : la longévité dans une instance de régulation est-elle un atout d’expérience ou un risque d’enracinement ? Et la constance des positions publiques d’un acteur de la société civile peut-elle être évaluée à l’aune de sa capacité à appliquer les mêmes exigences de transparence, quel que soit le dossier et quel que soit le pouvoir en place ?