La Cour suprême a définitivement confirmé la suspension de la licence d’exploitation de Starlink Sénégal, prolongeant ainsi le blocage de la filiale de SpaceX. Cette décision fait suite à un recours offensif de la Sonatel, perçu par de nombreux observateurs comme une démarche anticoncurrentielle préjudiciable aux consommateurs.
Alors que l’arrivée de la constellation d’Elon Musk promettait de briser le monopole historique et de faire chuter le coût exorbitant d’internet, cette guérilla juridique lève le voile sur des soupçons d’accords de couloir, des asymétries réglementaires criantes et une prise en otage technologique des usagers sénégalais.
Qui dicte véritablement sa loi face à de telles décisions ? La justice travaille-t-elle réellement pour les Sénégalais ? Les lobbies français se sont-ils activés ? La Sonatel compte-t-elle demeurer éternellement reine du marché pour imposer ses tarifs ?
En tout cas, le feuilleton juridique a pris fin au plus haut niveau de l’État. Les questions restent sans réponses depuis que la Cour suprême a rejeté la requête de l’État du Sénégal, validant l’ordonnance de suspension visant l’arrêté ministériel qui autorisait Starlink à opérer pendant cinq ans.
Pour rappel, le 6 novembre 2025, le gouvernement sénégalais, sous les directives de l’ancien ministre Alioune Sall, avait accordé à Starlink Sénégal SUARL cette licence de cinq ans pour fournir un accès fixe à internet par satellite, une démarche qui visait à réduire la fracture numérique.
Pourtant, à cette même époque, l’introduction de Starlink avait immédiatement forcé Orange à réagir en lançant sa propre offre satellitaire, « Orange Sat », à des tarifs plus bas.
C’est la preuve matérielle que seule une concurrence féroce et transparente peut briser la cherté de l’internet au Sénégal.
Soupçons de favoritisme et opacité réglementaire
L’autorisation éclair, suivie du rétropédalage brutal du régulateur, met en lumière l’opacité qui entoure le secteur des télécommunications au Sénégal.
Pour de nombreux observateurs, l’attitude de l’Autorité de Régulation des Télécommunications et des Postes (ARTP) et ses décisions à géométrie variable reflètent le poids politique étouffant de la Sonatel.
Déjà en avril 2022, l’ARTP avait décidé de revoir les pénalités appliquées aux trois opérateurs de télécommunications dont la Sonatel pour des manquements dans la qualité de service, sans pour autant prononcer de sanction finale.
Pour précision, le groupe français Orange détient la majorité des parts de la Sonatel avec plus de 42 %, tandis que l’État du Sénégal reste un actionnaire minoritaire.
Les accusations de pressions en coulisses et d’un système de protectionnisme économique, destiné à préserver des rentes de situation, n’ont jamais été aussi vives au sein de l’opinion publique.
Aujourd’hui, cette suspension par la justice administrative apparaît pour beaucoup comme un « jeu de dupes » où le pouvoir politique a cédé face aux impératifs financiers du géant des télécoms.