Nous avons appris ce matin, à travers la presse écrite, que Mme Amssatou SOW Sidibé, en sa qualité de Présidente de la Commission Nationale des Droits Humains (CNDH), a saisi le cabinet d’instruction pour réclamer la libération de Farba NGOM, épinglé par la CENTIF et poursuivi pour escroquerie sur deniers publics et blanchiment de capitaux.
Ainsi, nous tenons à signaler devant l’opinion publique que depuis le 18 juillet dernier, l’Initiative Zéro Impunité (IZI) avait déjà officiellement saisi la CNDH pour l’inviter à agir face à l’inertie de la justice et pour le respect des droits fondamentaux des victimes de meurtres, d’assassinats, de torture et de traitements inhumains, cruels et dégradants, survenus durant les événements politiques entre 2021 et 2024.
Or, voilà bientôt deux mois que cette saisine est restée sans aucune réponse. Pas même un accusé de réception, pas le moindre signe de considération pour les droits des victimes qui continuent de souffrir dans le silence et l’oubli.
Ce mutisme contraste radicalement avec la promptitude et l’empressement observés lorsqu’il s’agit d’intervenir dans le dossier Farba Ngom. Cette différence de traitement interpelle et pousse à une interrogation légitime : la CNDH est-elle une institution vouée à protéger les droits de tous les citoyens, en toute impartialité, ou bien un instrument au service de certains privilégiés accusés de crimes financiers ?
Aujourd’hui, nous constatons avec regret que lorsqu’il s’agit de victimes issues du peuple, arrachées à la vie ou torturées dans leur chair, la Commission Nationale des Droits Humains reste muette, indifférente et absente. Mais lorsqu’il s’agit d’un responsable politique accusé de détournement et de blanchiment, la même Commission trouve la diligence nécessaire pour interpeller la justice.
Ce deux poids, deux mesures est non seulement une insulte à la mémoire des martyrs et à la souffrance des victimes, mais aussi une remise en cause de la mission même de la CNDH. Une institution censée défendre les droits de tous les citoyens, sans distinction de statut ni de fortune, ne peut se permettre de sélectionner les causes en fonction de l’influence des mis en cause.
À travers cette posture sélective, la présidente de la CNDH envoie un message dangereux : les droits humains ne seraient défendus que lorsqu’ils concernent des personnalités puissantes, pendant que les citoyens ordinaires, victimes de crimes graves, peuvent être abandonnés à leur sort.
L’Initiative Zéro Impunité (IZI) rappelle que les droits humains sont universels, indivisibles et imprescriptibles. La CNDH ne saurait se soustraire à sa responsabilité de défendre la dignité de toutes les victimes, qu’elles soient riches ou pauvres, connues ou anonymes.
Nous appelons donc solennellement la Commission, et à travers elle sa présidente Mme Amssatou SOW Sidibé, à assumer pleinement son rôle d’institution républicaine indépendante, en se mettant du côté des victimes et en exigeant que justice leur soit rendue.
À défaut, l’opinion publique retiendra que la CNDH a choisi de servir les puissants au lieu de défendre les sans-voix, et elle en portera la responsabilité devant l’histoire.
Pape Abdoulaye TOURE
Victime de Torture et Membre Fondateur de l’Initiative Zéro Impunité (IZI)