Un collectif d’agents de l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public contre le sous-emploi (AGETIP) monte au créneau. Après six mois de chômage technique sans salaire, ils dénoncent des licenciements qu’ils jugent abusifs et une gestion « clanique » de la direction. Ils mettent en cause le directeur général, El Hadji Malick Gaye, et appellent le gouvernement à intervenir.
Selon des informations relayées par Les Échos et rapportées par Seneweb le 4 août 2026, un collectif d’agents a été placé en chômage technique pendant six mois, sans aucune rémunération. À l’issue de cette période, la direction a procédé à des licenciements que les travailleurs considèrent comme abusifs.
Pour faire entendre leurs revendications, le collectif a organisé un sit-in devant les locaux de l’AGETIP le mardi 4 août 2026, suivi d’un point de presse à l’hôtel Feto, à Yoff.
Cette situation s’inscrit dans une tension plus ancienne. Dès janvier 2026, la direction avait annoncé le placement d’une partie du personnel (dont des cadres) en chômage technique à compter du 1er février 2026, pour une durée de six mois. Elle invoquait une baisse significative des activités dans le secteur du BTP et des difficultés à couvrir les charges de fonctionnement. L’Assemblée générale de l’agence aurait autorisé le directeur général à recourir à cette mesure exceptionnelle, conformément à l’article L.65 du Code du travail sénégalais.
Sur le terrain, plusieurs agents ont vivement contesté cette décision. « Le directeur général se sert de la conjoncture comme prétexte. Il règle ses comptes avec certains employés. Nous sommes sans défense », confiait alors un agent concerné. Une quinzaine de notifications d’arrêt de travail avaient déjà été distribuées, assimilées par certains à un « licenciement déguisé ». L’absence de syndicat ou de délégués du personnel au sein de l’AGETIP a renforcé le sentiment de vulnérabilité.
Les critiques ne datent pas d’hier. En 2024, 180 jeunes recrutés dans le cadre du programme « Xëyu Ndaw ñi » avaient déjà dénoncé leur licenciement. Selon le collectif, après une formation et la signature de contrats en juin, ils n’avaient travaillé que deux jours avant d’être informés de la fin de leur emploi. Ils accusaient l’ancien directeur d’avoir favorisé des recrues originaires de Ndiandane , sa localité d’origine dans le département de Podor, où il est maire.
« Sous prétexte de contrat de prestation, nous n’avons reçu que le paiement de deux mois de travail. Nous avons dénoncé cette injustice auprès de l’Inspection du travail, mais nos revendications sont restées lettre morte », avaient-ils déclaré. Ils avaient alors annoncé vouloir saisir la justice.
Ces accusations de posture « clanique et partisane » s’ajoutent à des critiques plus anciennes sur la gestion de l’agence. El Hadji Malick Gaye, nommé à la tête de l’AGETIP en 2016 sous le régime de Macky Sall, a ensuite rejoint le Pastef en 2024. Des commentateurs et anciens agents pointent une gestion favorisant des proches ou des réseaux politiques, au détriment d’une administration transparente.
Les ex-travailleurs interpellent directement les plus hautes autorités de l’État, notamment le président Bassirou Diomaye Faye et le Premier ministre AL Aminou Lo . Ils demandent que la lumière soit faite sur les conditions de ces licenciements, le respect du Code du travail et la gouvernance de l’AGETIP, structure historiquement créée pour lutter contre le sous-emploi et exécuter des travaux d’intérêt public.
L’AGETIP, association à but non lucratif créée en 1989 avec l’appui de la Banque mondiale, reste un acteur important dans la réalisation d’infrastructures et la création d’emplois. Dans un contexte économique difficile pour le secteur du BTP, la direction justifie ses décisions par la conjoncture. Les agents, eux, y voient un manque de transparence et une gestion opaque qui les laisse sans ressources après des mois de précarité.
Le collectif promet de poursuivre son action. L’affaire met en lumière les tensions autour de la gestion des structures publiques et semi-publiques au Sénégal, où les questions de népotisme, de loyauté politique et de protection des travailleurs restent particulièrement sensibles.