Le huit décembre dernier, l’Agence sénégalaise de la réglementation pharmaceutique (ARP), à travers une note, annonçait le retrait des couches et serviettes hygiéniques Softcare du marché et mettait en garde les usagers ainsi que les professionnels de la santé contre les dangers que comportaient ces produits. Tout est parti de la détection de matières premières périmées dans le circuit de fabrication.
Une équipe d’inspection envoyée sur les lieux a confirmé le scandale et a même relevé d’autres manquements, tels que l’absence d’un pharmacien assermenté, un mauvais conditionnement des produits et l’absence d’un lieu de stockage des produits avariés.
Malgré ces constatations gravissimes et alarmantes, l’ARP est revenue, le 16 décembre, à travers un communiqué signé par sa cellule de communication, pour déclarer conforme l’entreprise Softcare. Une décision qui a vite fait réagir les inspecteurs, lesquels étaient, au même moment, encore en mission sur le site et n’avaient donc pas encore établi leur rapport final pour déterminer si la situation avait évolué ou non.
Dans leur communiqué, ils ont pris le contrepied de l’ARP en déclarant que la situation n’avait pas changé au sein de l’entreprise et, pire encore, que le pharmacien présenté ne figurerait pas dans les rangs de l’Ordre des pharmaciens.
Après cette déclaration, les Sénégalais se sont retrouvés dans un désarroi total, ne sachant pas à quelle version se fier. Doivent-ils abandonner ces produits comme recommandé par l’ARP le huit décembre 2025 ? Doivent-ils se référer au dernier communiqué de l’Agence de la réglementation pharmaceutique, revenue sur sa décision ? Ou doivent-ils accorder plus de crédit à la déclaration des inspecteurs, qui maintiennent que Softcare constitue un danger pour la santé publique ?
Toutes ces questions auraient dû pousser l’État à monter au créneau afin d’éclairer la lanterne des Sénégalais sur cette affaire. Malheureusement, le communiqué du ministère de la Santé n’a pris aucune mesure conservatoire. Dans ce communiqué, le ministre se contente d’annoncer l’ouverture d’une enquête avec une mission conjointe du ministère du Commerce au sein de l’usine Softcare.
Compte tenu de la gravité de la situation, les Sénégalais attendaient des autorités davantage de clarté.
Un autre fait vient aggraver l’affaire Softcare. Moussa Diallo, Directeur de l’Inspection, de la Surveillance du marché et des Vigilances à l’Agence de régulation pharmaceutique (ARP), dénonce, dans un audio, des manquements sanitaires graves chez Softcare, des tentatives de corruption de la part des propriétaires chinois de l’entreprise, ainsi que des pressions internes au sein de l’ARP visant à couvrir l’affaire.
Dans cet enregistrement sonore qui lui est attribué, le pharmacien inspecteur assermenté retrace l’historique de ses interventions. Il déclare avoir effectué plusieurs inspections au sein de l’entreprise Softcare, notamment en janvier 2024, puis en octobre et décembre 2025.
Lors de sa dernière visite en décembre, il affirme avoir découvert 1 300 kg de produits périmés utilisés dans la fabrication de couches et de serviettes hygiéniques. Il précise avoir recommandé le retrait immédiat des produits du marché, estimant que la santé des Sénégalais était en jeu. Le sieur Diallo s’étonne alors de la publication, le 16 décembre, d’un communiqué de l’ARP déclarant Softcare conforme, alors que son rapport n’a été finalisé que le 17 décembre.
Les dirigeants chinois de l’entreprise, qui se seraient rendus à quatre reprises dans son bureau pour lui proposer des mallettes d’argent et autres présents, ont-ils trouvé preneurs parmi ses supérieurs hiérarchiques ?
Pourquoi l’ARP s’est-elle empressée de revenir sur sa décision au moment même où les inspecteurs n’avaient pas encore terminé leurs enquêtes ?
Les plus hautes autorités de l’État sont interpellées afin d’assumer leurs responsabilités et de tirer au clair cette affaire. Les Sénégalais doivent savoir si cette société a mis en danger leur santé et si les responsables de l’ARP ont agi sous une quelconque influence. Si les cas de tentatives de corruption sont avérés, des sanctions appropriées devront être prises pour affirmer l’autorité de l’État.
Dans un gouvernement qui prône la rupture avec le fameux « Jub, Jubal, Jubanti », cette affaire ne devrait pas s’éterniser sans que des mesures conservatoires ne soient prises.
La gravité de cette affaire exige une implication plus forte des autorités afin de préserver la santé des Sénégalais.