Le Musée des Civilisations noires de Dakar a servi de cadre, samedi, à la cérémonie de présentation et de dédicace du livre « Résistance, chronique de la révolution patriotique du Sénégal », une œuvre engagée de Ibrahima Diallo qui retrace, avec un style journalistique assumé, les événements politiques et sociaux ayant marqué le Sénégal entre 2021 et 2024.
Organisée dans un lieu hautement symbolique de la mémoire africaine, la rencontre a réuni acteurs politiques, militants, intellectuels et professionnels du livre. L’événement visait à présenter officiellement l’ouvrage, à en expliquer la genèse et à échanger sur son contenu, présenté comme un témoignage pour la postérité.
Un récit brut, entre sang, larmes et engagement
Préfacier de l’ouvrage, Mame Ngor Ngom a souligné la force narrative du livre. « Au fil des pages, on plonge dans le noir, dans le rouge. Il y a du sang, des sueurs et des larmes », a-t-il déclaré, évoquant un style journalistique qui raconte des combats et des vies.
Selon lui, l’auteur ne fait pas de concessions dans son écriture, notamment dans le chapitre 2, marqué par une description d’une véritable « chasse à l’homme ». Macky Sall y est présenté, de manière caricaturale, comme un dictateur. « Il ne mâche pas ses mots, mais il respecte les faits et sait prendre du recul »,
a précisé le préfacier.
Un livre écrit dans un contexte de tension extrême
Éditeur de l’ouvrage à travers ELMA Group et rédacteur du postface, Elhadji Omar Massaly est revenu sur les conditions particulières de publication. En 2023, les échanges avec l’auteur se faisaient via l’application Signal pour des raisons de sécurité.
« Il (ndlr : Ibrahima Diallo) m’a dit : “Je vous envoie ce texte pour qu’au jour où je serai arrêté, vous le publiez” », a-t-il confié, rappelant que l’ouvrage est né dans un contexte de lutte partagée.
Ibrahima Diallo : de la poésie à la résistance écrite
Prenant la parole, Ibrahima Diallo est revenu sur son parcours personnel. Surnommé « le petit poète » à Richard Toll durant ses années de collège, il est passé de l’écriture poétique au rap, avant de découvrir la radio à l’adolescence. Son engagement s’est ensuite structuré à travers le syndicalisme scolaire et le militantisme politique.
Fait marquant : l’intégralité du livre a été écrite sur téléphone portable, en pleine période de tensions politiques. « Le téléphone était toujours à la main pour communiquer, partager des informations et échanger sur les stratégies de lutte »,
a expliqué l’auteur.
Son déclic pour l’écriture mémorielle remonte à une discussion avec un confrère de la 2STV, Pape Sidy Fall, évoquant un événement sous Léopold Sédar Senghor ayant causé près de quarante morts et méconnu du grand public.
« D’où l’importance d’écrire pour que les événements de 2021 à 2024 ne soient pas effacés », a-t-il insisté.
Un ouvrage structuré en plusieurs tomes
Le livre s’inscrit dans un projet éditorial plus large : le chapitre 1 présente Macky Sall comme un dirigeant autoritaire s’appuyant sur l’appareil judiciaire, qualifié par l’auteur de « République des magistrats ». Le chapitre 2 porte un mot d’ordre clair : « Il fallait résister ». Le chapitre 3 met en lumière la souffrance des proches, notamment celle des mères.
L’ouvrage rend hommage aux martyrs, aux ex-détenus politiques, aux blessés et à toutes les victimes, tout en formulant une exigence centrale : que justice soit rendue. Le livre sera prochainement traduit en wolof et en italien.
El Malick Ndiaye : “La résistance n’a jamais été une résistance de haine”
Président de l’Assemblée nationale et responsable de la communication de PASTEF, El Malick Ndiaye a salué la portée mémorielle et politique de l’ouvrage.
« Je rends hommage aux martyrs de la résistance, aux blessés, aux militants emprisonnés et exilés, à tous ceux qui ont perdu leur emploi et leur stabilité sociale. Vous n’avez pas souffert en vain », a-t-il déclaré.
Pour lui, le livre est un rappel essentiel : « Il symbolise la vérité face au mensonge. Résister aujourd’hui, c’est gouverner avec intégrité. Le pouvoir n’est pas une récompense, c’est une charge sacrée ».
S’adressant aux militants et sympathisants, il a appelé à un changement de posture : « Nous ne sommes plus dans l’opposition. Il faut se concentrer sur la vulgarisation de l’action gouvernementale et la massification du parti ».
Un livre pour la mémoire et l’histoire
Avec « Résistance, chronique de la révolution patriotique du Sénégal », Ibrahima Diallo propose un témoignage engagé, pensé comme une archive politique et humaine. Au-delà de la dédicace, la cérémonie du 27 décembre 2025 a confirmé la place de l’ouvrage dans le débat public sénégalais, entre mémoire, justice et responsabilité historique.
En dehors du Tome 1, intitulé « Les années de braise », l’auteur annonce deux autres tomes à venir. Le Tome 2 sera consacré aux personnalités qui ont marqué la révolution, tandis que le Tome 3 sera entièrement dédié à Ousmane Sonko, figure centrale de cette séquence politique. Une trilogie pensée pour inscrire durablement cette période dans la mémoire collective.