L’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, l’une des plus grandes institutions d’enseignement supérieur en Afrique de l’Ouest, est secouée par une vague de protestations depuis plusieurs jours. Ce qui a commencé comme une mesure administrative la fermeture des restaurants universitaires s’est transformé en un mouvement de contestation plus large, impliquant des réformes des bourses d’études et des affrontements violents avec les forces de l’ordre. À l’heure où le Sénégal aspire à une rupture avec les pratiques répressives du passé, ces événements soulèvent des questions sur la gestion des crises universitaires par le gouvernement actuel.
Tout a éclaté le vendredi 6 février 2026, lorsque le Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (COUD), dirigé par le Dr Ndéné Mbodji, a annoncé la fermeture immédiate et jusqu’à nouvel ordre de tous les restaurants universitaires du campus social. Cette décision, prise sur ordre du ministère de l’Enseignement supérieur dirigé par Daouda Ngom, a été justifiée par des raisons non précisées publiquement, mais elle intervient dans un contexte de tensions budgétaires et de réformes structurelles.
Les étudiants, déjà confrontés à des retards récurrents dans le paiement de leurs bourses, ont vu rouge. Le Collectif des Amicales de l’UCAD a dénoncé cette mesure comme « inacceptable », particulièrement en période d’examens où les repas subventionnés sont essentiels pour des milliers d’étudiants issus de milieux modestes. Au cœur des griefs : une réforme des bourses initiée début février, qui prévoit la suppression des rappels accumulés en cas de retard de paiement. Ces rappels, souvent versés en bloc, constituent une bouée de sauvetage pour les boursiers face aux délais administratifs fréquents.
Selon des sources concordantes, cette réforme vise à revoir le décret de 2014 sur les conditions d’attribution des bourses, avec des ateliers organisés pour adapter le cadre légal. Cependant, les étudiants estiment que ces changements fragilisent leur situation financière, accentuant les inégalités au sein du campus.
La réaction des étudiants ne s’est pas fait attendre. Dès le matin du 6 février, des manifestations ont éclaté sur le campus, bloquant la Corniche Ouest et transformant l’UCAD en un « état de siège ». Des barricades ont été érigées, et des échauffourées ont opposé les protestataires aux forces de défense et de sécurité (FDS). Les étudiants ont lancé des pierres, tandis que les policiers ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes.
La situation a dégénéré rapidement. Un policier a été grièvement blessé lors des heurts, et plusieurs étudiants ont été touchés, certains gravement. Des images choquantes circulent sur les réseaux sociaux : des étudiants retranchés sur les toits des pavillons, fuyant des incendies allumés dans les bâtiments allégations pointant du doigt les forces de l’ordre pour avoir mis le feu à un pavillon, forçant des étudiants à sauter du troisième étage pour échapper aux flammes. Un policier a même été filmé en train de pulvériser du gaz lacrymogène à bout portant sur un étudiant désarmé, suscitant des appels à sanctions.
Le Collectif des Amicales a décrété une cessation des activités administratives et menace d’intensifier le mouvement si les restaurants ne rouvrent pas. À ce jour, le 9 février, les restaurants restent fermés pour le quatrième jour consécutif, obligeant les étudiants à s’organiser collectivement pour leurs repas.
Ces événements ont provoqué un tollé sur les réseaux sociaux et dans l’opinion publique. Des voix accusent le gouvernement de Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko de reproduire les méthodes répressives du régime précédent, malgré les promesses de rupture. « Les forces de l’ordre n’ont rien à faire dans un campus », s’indigne un internaute, soulignant l’insécurité persistante ailleurs dans le pays. D’autres appellent directement le Premier ministre Ousmane Sonko à intervenir pour éviter l’irréparable.
Le Collectif des Amicales pose comme condition à toute négociation le retrait immédiat des forces de l’ordre du campus. Des négociations étaient prévues, mais la tension reste palpable.
Alors que l’UCAD reste paralysée, les étudiants appellent à une marche pacifique et exigent la réouverture des restaurants ainsi qu’un dialogue sincère sur les bourses. Le gouvernement, de son côté, doit équilibrer fermeté et écoute pour éviter une crise plus large. Dans un pays où l’éducation est un pilier du développement, ces tensions soulignent l’urgence de réformes inclusives.
Cette crise à l’UCAD n’est pas isolée ; elle reflète des malaise plus profonds sur l’accès à l’éducation et la justice sociale. Espérons que le dialogue l’emportera sur la confrontation, pour le bien des 80 000 étudiants de l’université et de la nation entière.
Ramatoulaye Sow