Lors de son passage ce mercredi 11 février 2026 sur le plateau de la Matinale de la TFM, l’ancien ministre de l’Intérieur du Sénégal, Aly Ngouille Ndiaye, a fait une déclaration choc concernant la communauté homosexuelle à Dakar. S’appuyant sur un rapport de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), il a affirmé que près de la moitié des homosexuels vivant dans la capitale sénégalaise, soit 49 %, seraient porteurs du VIH/Sida. Cette statistique, présentée comme un fait alarmant, vise à souligner les risques sanitaires associés à cette communauté, qui représenterait selon lui 27 % des cas de VIH recensés au niveau national.
Le Sénégal fait face à une épidémie de VIH qualifiée de « concentrée », avec une prévalence globale faible dans la population générale (environ 0,3 % chez les adultes de 15-49 ans selon les estimations récentes du CNLS et de l’ONUSIDA). Cependant, les populations clés, telles que les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), sont particulièrement touchées. Des données datant de 2017 indiquaient déjà une prévalence de 27,6 % chez les HSH au niveau national. Plus récemment, en 2025, des rapports soulignent que ce taux dépasse les 40 % à Dakar, confirmant une tendance à la hausse et une concentration urbaine du virus dans cette communauté. Le rapport cité par Aly Ngouille Ndiaye, issu de l’ANSD, pourrait faire référence à des enquêtes démographiques récentes comme les EDS-Continue, qui intègrent des volets santé, bien que les statistiques précises sur les HSH soient souvent gérées par le Conseil National de Lutte contre le Sida (CNLS). Ces chiffres mettent en lumière les défis de la prévention, aggravés par la stigmatisation et les difficultés d’accès aux soins pour les populations marginalisées.
Au-delà des aspects sanitaires, Aly Ngouille Ndiaye a abordé la question légale de l’homosexualité. Au Sénégal, les actes homosexuels sont déjà criminalisés par l’article 319 du Code pénal, prévoyant jusqu’à cinq ans de prison. L’ancien ministre propose toutefois de remplacer cette criminalisation par des sanctions pénales « très lourdes », visant à durcir les peines pour lutter contre ce qu’il perçoit comme une menace à la santé publique et aux valeurs sociétales. Cette position s’inscrit dans un contexte plus large de débats récurrents au Sénégal, où des propositions de loi pour alourdir les sanctions contre l’homosexualité ont émergé en 2021, 2024 et même en 2025, souvent portées par des conservateurs religieux et politiques. En mai 2025, le gouvernement avait déjà annoncé une orientation vers une répression accrue, répondant aux pressions de groupes conservateurs.
Cette intervention d’Aly Ngouille Ndiaye relance un débat sensible au Sénégal, mêlant santé, droit et morale. Alors que les autorités sanitaires appellent à une approche inclusive pour endiguer l’épidémie, les propositions répressives pourraient compliquer les stratégies de lutte contre le VIH. Une vérification approfondie du rapport ANSD cité serait nécessaire pour contextualiser ces affirmations, mais elles soulignent l’urgence d’une politique équilibrée.
Ramatoulaye Sow