Une fois de plus, la communauté musulmane sénégalaise se retrouve partagée sur la date de célébration de la Tabaski (Aïd el-Kébir). Deux instances de référence ont annoncé des dates différentes, révélant les persistantes divergences dans l’observation du croissant lunaire.
Selon la Commission Nationale de Concertation sur le Croissant Lunaire (CONACOC), la fête de Tabaski sera célébrée le jeudi 28 mai 2026. Dans son communiqué, l’institution indique que le mardi 19 mai 2026 marquera le premier jour du mois de Dhul-Hijjah, plaçant ainsi le 10 du mois (jour de la Tabaski) le jeudi 28 mai.
De son côté, la Coordination des Musulmans du Sénégal pour l’Observation du Croissant Lunaire (CMS/OCL) maintient la date du mercredi 27 mai 2026. Selon cette structure, le mardi 26 mai correspondra au jour d’Arafah, fixant donc la Tabaski au lendemain, soit le mercredi 27.
Ce n’est malheureusement pas la première fois que de telles divergences surgissent au Sénégal. Presque chaque année, à l’approche de l’Aïd el-Fitr ou de l’Aïd el-Kébir, les Sénégalais assistent au même spectacle : deux communiqués, deux dates, et une communauté partagée entre obédiences.
Cette situation crée une confusion palpable au sein des familles, des quartiers et des entreprises. Beaucoup se demandent : s’il faut sacrifier le mouton le 27 ou le 28 ? Comment organiser les retrouvailles familiales ? Quel jour les administrations et les écoles seront-elles fermées ?
Au-delà des aspects pratiques, cette division soulève des questions plus profondes sur l’unité de l’oumma au Sénégal, pays connu pour sa tradition de tolérance et de coexistence pacifique entre les différents courants de l’islam.
Les divergences proviennent principalement des méthodes d’observation du croissant lunaire : certains s’appuient sur l’observation visuelle locale, d’autres intègrent des calculs astronomiques ou des déclarations venues d’autres pays musulmans. Au Sénégal, la CONACOC et la CMS représentent des sensibilités et des alliances religieuses parfois différentes, ce qui complique la recherche d’un consensus.
Cette situation récurrente a des conséquences :
Économiques : les commerçants de moutons et les marchés font face à une incertitude qui impacte les prix et la logistique.
Sociales : des familles se retrouvent divisées, certains membres célébrant un jour et d’autres le lendemain.
Religieuses : elle alimente parfois des débats houleux sur les réseaux sociaux et affaiblit l’image d’une communauté unie.
De nombreux citoyens et leaders religieux appellent à une plus grande concertation, voire à la création d’une instance unique ou à l’adoption de critères clairs et partagés par l’ensemble des acteurs. Dans un pays où l’islam est majoritaire et où la foi occupe une place centrale dans la vie quotidienne, l’unité autour des dates religieuses majeures apparaît comme un enjeu de cohésion nationale.
En attendant, les Sénégalais devront, encore cette année, faire preuve de sagesse et de tolérance : respecter le choix de chacun tout en préservant l’esprit de la Tabaski, qui reste avant tout un moment de piété, de partage et de solidarité.