La Haute Cour de Justice a décidé, ce mardi, de renvoyer le procès de l’ancien ministre de la Justice, le professeur Ismaïla Madior Fall, jusqu’au retour des vacances judiciaires. Dans la même décision, la juridiction a ordonné la mainlevée de son assignation à résidence ainsi que la levée de son bracelet électronique.
Poursuivi pour des faits présumés de corruption et de pratiques assimilées, Ismaïla Madior Fall comparaissait pour la première fois devant cette juridiction d’exception, chargée de juger les membres du gouvernement pour des actes commis dans l’exercice de leurs fonctions. L’audience, présidée par le juge Mouhamadou Mansour Mbaye, s’était déjà ouverte le 21 juillet dernier dans un climat tendu.
Lors de cette première séance, la défense avait vivement contesté le maintien du bracelet électronique, estimant qu’il s’agissait d’une mesure devenue illégale au-delà du délai d’un an prévu par la loi. Les avocats, notamment Me Ciré Clédor Ly, Me Mbaye Guèye et Me El Hadji Amadou Sall, avaient plaidé pour une « détention arbitraire » et réclamé la libération immédiate de leur client. Le ministère public, représenté par le procureur général Jean-Louis Paul Toupane, avait jugé ces arguments prématurés, provoquant de vifs échanges dans la salle d’audience.
Après une suspension et des excuses mutuelles, la Cour avait joint l’incident de procédure au fond et renvoyé l’affaire au 28 juillet. Ce mardi, la juridiction a finalement décidé d’un report plus long, jusqu’à la reprise des activités judiciaires après les vacances, tout en mettant fin aux mesures restrictives de liberté qui pesaient sur l’ancien ministre.
Cette décision marque un tournant dans une procédure suivie de près, tant par l’opinion publique que par les milieux politiques et juridiques. Ismaïla Madior Fall, qui fut l’un des artisans de plusieurs réformes constitutionnelles sous le régime de Macky Sall, devient ainsi le premier ancien membre du gouvernement à être jugé par la Haute Cour de Justice dans le cadre des dossiers ouverts après l’alternance de 2024.
Le fond de l’affaire les accusations de tentative de corruption n’a pas encore été débattu. La défense avait insisté sur la nécessité de disposer de plus de temps pour préparer sa stratégie, soulignant le caractère exceptionnel de cette juridiction, qui n’avait plus siégé depuis le procès historique de Mamadou Dia.
Avec la levée de l’assignation à résidence et du bracelet électronique, Ismaïla Madior Fall retrouve désormais sa pleine liberté de mouvement en attendant la reprise des débats. L’affaire, qui cristallise les tensions autour de la lutte contre la corruption et des garanties procédurales, reviendra donc devant la Haute Cour de Justice après la pause estivale.