Une attaque nocturne d’une rare violence a ciblé, la nuit dernière, le site de la communauté layenne à Nguédiaga (Malika). Des malfaiteurs y ont systématiquement saboté et détruit des engins lourds, des câbles électriques ainsi que divers matériaux essentiels aux travaux de terrassement et de viabilisation.
Le promoteur et l’ensemble des ouvriers sont plongés dans une profonde inquiétude. Les premières estimations font déjà état de dégâts matériels importants. Face à la gravité des faits, la brigade de recherches de Keur Massar est intervenue sur place pour procéder aux premiers constats avant d’ouvrir une enquête.
Ce nouveau coup de force s’inscrit dans un contexte déjà tendu. Depuis plus de deux ans, le site de Nguédiaga fait l’objet d’un litige foncier persistant. Environ 42 à 45 hectares avaient été attribués à la communauté layenne sous la présidence de Macky Sall pour y développer des projets structurants. Des promoteurs, dont certains affirment disposer de l’aval du Khalife, y ont engagé des travaux de terrassement et de lotissement, provoquant l’indignation d’une partie des responsables du site.
Serigne Mandione Laye, coordonnateur du pèlerinage, avait déjà dénoncé ces occupations, affirmant n’avoir jamais rencontré le Khalife à ce sujet, et déposé plainte pour protéger ce qu’il considère comme un bien commun de la communauté. L’affaire a donné lieu à des procédures judiciaires, avec des audiences et des renvois.
Nguédiaga n’est pas un terrain ordinaire. Situé à environ 1,5 km au nord du village traditionnel de Malika, dans le quartier Malika-Plage, ce site sacré commémore l’exil de Seydina Limamou Laye Al Mahdi en septembre 1887. Pour échapper à la répression coloniale, le fondateur de la communauté layenne s’y était réfugié trois jours avec quelques compagnons, observant un jeûne strict sous un buisson nommé « Nguedj ». Depuis 1962, un pèlerinage annuel y est organisé : c’est le deuxième événement le plus important de la communauté après l’Appel.
Les fidèles y viennent en masse, vêtus de blanc, pour prier et se recueillir. Selon la tradition, toute prière formulée sur ces lieux serait exaucée.
L’attaque de la nuit dernière, qui vise précisément le matériel de chantier, ravive les tensions et suscite une vive émotion. Au-delà du préjudice matériel, elle touche un lieu chargé d’histoire et de spiritualité pour des milliers de Layennes.
Les autorités judiciaires et les forces de sécurité sont désormais saisies. La communauté et le promoteur attendent des éclaircissements rapides sur les auteurs de ces actes et sur l’issue du contentieux foncier qui empoisonne le site depuis des années.
L’enquête ouverte par la brigade de recherches de Keur Massar devra déterminer si cette violence nocturne est liée au litige en cours ou relève d’autres motivations. En attendant, la tension reste palpable à Nguédiaga.