Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo s’est longuement appesanti sur la situation financière du pays et les relations du Sénégal avec le Fonds monétaire international. Il a plaidé pour un retour à des relations « objectives et cohérentes » avec la communauté financière internationale et a écarté toute restructuration de la dette au profit d’un simple reprofilage
Face aux députés, Ahmadou Al Aminou Lo a d’abord tenu à démystifier le FMI. « Je voudrais relever la perception non conforme à la réalité sur cette Institution dont le Sénégal est membre au même titre que 190 autres pays », a-t-il déclaré. Il a invité les Sénégalais à lire les statuts du Fonds, adoptés en 1944 à Bretton Woods et entrés en vigueur le 27 décembre 1945. Selon lui, le FMI exerce une surveillance obligatoire sur tous ses États membres, y compris les grandes puissances, conformément à l’article IV de ses statuts. Conclure un programme n’est pas une obligation, a-t-il reconnu, mais « les conséquences sont incommensurables de s’en passer lorsqu’on traverse des difficultés financières non structurelles sans solution endogène performante et rapide ».
Le Premier ministre a rappelé que le précédent programme du Sénégal avec le FMI avait été interrompu en raison de la découverte de données erronées transmises par le passé, un cas dont l’ampleur est, aux dires de l’institution elle-même, sans précédent. « Ce dossier a été traité comme il devait l’être : les chiffres ont été rétablis, les insuffisances à l’origine des écarts totalement ou en cours de correction », a-t-il affirmé.
Il a ensuite annoncé qu’un accord technique avait été conclu le 1er septembre 2026 avec les services du FMI sur un nouveau programme de 36 mois au titre de la Facilité élargie de crédit (FEC), d’un montant d’environ 2,2 milliards de dollars. Ce programme, axé sur l’investissement et la transparence, prévoit des mesures de gestion « en bon père de famille » destinées à rétablir la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette, réduire les vulnérabilités budgétaires et extérieures, et accroître les dépenses sociales afin de soutenir une croissance durable tirée par le secteur privé. L’accord reste soumis à l’approbation du Conseil d’administration du FMI.
Sur la dette, Ahmadou Al Aminou Lo a tranché clairement : « Ce n’est pas une restructuration, c’est un reprofilage. » Celui-ci consiste à allonger les maturités et à renégocier les taux d’intérêt. Il a également indiqué que le Sénégal devait apurer 1 956 milliards de francs CFA (environ 3,5 milliards de dollars) d’arriérés de paiement, dont le maintien risque de freiner l’activité économique et de provoquer des pertes d’emplois. Environ 30 conventions minières sont par ailleurs en cours de renégociation.
Le chef du gouvernement a insisté sur le fait que le Sénégal dispose d’atouts considérables pour passer « d’un statut de pays à profil d’endettement parmi les plus dégradés dans le monde à celui qui a été virtuellement le sien avant la découverte de la dette dite cachée ». Il a appelé à renouer avec la communauté financière internationale des relations « objectives et cohérentes ».