Les révélations faites par le Premier ministre , Al Amine Lo, lors de sa Déclaration de politique générale (DPG) sur l’affaire du bloc gazier Yakaar-Teranga, prennent une tournure inattendue. Entre accusations et démentis, les tensions se cristallisent autour de l’accord de retrait anticipé signé avec la compagnie américaine Kosmos Energy, qui causerait un manque à gagner de 30 milliards de F CFA évoqué par le gouvernement.
C’est à l’hémicycle que le Premier ministre Al Amine Lô et son équipe ont soutenu que le Sénégal aurait manqué le recouvrement d’indemnités estimées à 55 millions de dollars,environ 30 milliards de F CFA.
Ce préjudice présumé serait la conséquence directe de la signature d’un accord de retrait anticipé en avril dernier.
« Si l’État avait attendu l’expiration du contrat initial, prévue en juillet 2026, au lieu de signer ce retrait anticipé en avril, il aurait pu réclamer 55 millions de dollars à Kosmos Energy », a expliqué Al Amine Lo.
Selon lui, une lettre adressée à l’ancien directeur général de Petrosen, Alioune Gueye, et à l’ex-ministre de l’Énergie, Birame Souley Diop, contestait déjà cette décision qui a conduit à un renoncement financier pour l’État.
Aujourd’hui au centre du dossier, le nouveau ministre de l’Énergie, Abdourahmane Diouf, désormais chargé de restructurer le partenariat avec Kosmos Energy et Petrosen, a tenu un discours moins rassurant concernant les renégociations à venir.
Invité sur le plateau de la Sen TV, il a néanmoins réclamé un audit approfondi de la gestion du directeur général sortant de Petrosen afin de faire toute la lumière sur les conditions de conclusion de cet accord et de situer les responsabilités.
La riposte d’ Alioune Gueye
La réplique des mis en cause ne s’est pas fait attendre. Selon l’ancien Directeur Général de Petrosen, Alioune Gueye, personne ne doit 55 millions de dollars à l’État.
Dans une note partagée sur sa page Facebook, il a tenu à clarifier la situation : « Un décret a fixé un plancher de dépenses pour une période d’études. Ce que le titulaire doit à l’État s’il ne réalise pas ses travaux est strictement défini par le contrat, et rien d’autre. Ce sont plus de 300 millions de dollars qui ont été investis et qui sont aujourd’hui la propriété du Sénégal. »
Par ailleurs, il a précisé que les 55 millions de dollars évoqués ne sont pas inscrits dans le programme des travaux de recherche, mais plutôt dans les études de développement.
« Cette lecture de l’article 19 laisse croire que sans l’accord d’avril, Kosmos aurait payé 55 millions à l’expiration du contrat en juillet 2026. C’est faux… L’accord n’a rien coûté au Sénégal. L’expiration naturelle lui aurait rapporté moins », a-t-il tranché, tout en se disant pleinement à la disposition des institutions pour éclairer ce dossier.
Birame Souley Diop rejette toute faute
Également éclaboussé par l’affaire en raison de sa gestion passée du ministère de l’Énergie, Birame Souley Diop a apporté ses précisions en assurant qu’« aucune faute n’a été commise ».
En brandissant des documents officiels lors d’un face-à-face avec la journaliste Boury Diakhaté et le chroniqueur Pape Samba Seye, l’ancien ministre a soutenu que la société américaine Kosmos Energy s’était engagée à acquitter les sommes dues conformément aux règles.
Reste désormais à savoir si l’audit réclamé permettra de situer définitivement les responsabilités, alors que le Premier ministre Ousmane Sonko avait lui-même annoncé, quelques mois plus tôt, la signature d’un accord de retrait conjoint de Kosmos Energy de la licence du bloc Yakaar-Teranga.
Maintenant la nouvelle équipe gouvernementale joue gros sur ce dossier majeur pour l’avenir énergétique du pays.