La traque est lancée. Alors que la question de la reddition des comptes continue de préoccuper l’opinion publique, l’initiative visant à précipiter l’audit sur la gestion des cadres du Parti Pastef s’apparente, à un règlement de comptes politique.
Le président Bassirou Diomaye Faye a en effet ordonné aux organes de contrôle de l’État de mener des audits approfondis suite au limogeage de directeurs généraux et d’anciens ministres issus du parti Pastef, au moment même où plusieurs dossiers judiciaires accusent de lourdes lenteurs.
Cette annonce suscite déjà de vives réactions au sein d’une partie de la société civile, qui appelle le chef de l’État à faire toute la lumière sur ces affaires.
« L’ancien Premier ministre s’est rendu coupable d’un détournement d’objectif en utilisant à d’autres fins des fonds initialement destinés à la promotion de la paix en Casamance », accuse ainsi Babacar Ba, président du Forum du Justiciable.
Dans la même dynamique, d’anciens directeurs généraux tels que Jean-Michel Sène, Alioune Guèye, Assane Mbengue et Khalifa Ababacar Sarr sont publiquement accusés par des alliés du camp présidentiel, faisant d’eux des cibles
Ces accusations interpellent sur la réelle volonté politique du chef de l’État. Elles interviennent dans un contexte particulier où des membres de son propre parti, ainsi que des transfuges ayant rallié la coalition « Kiraay » sont cités dans des affaires d’État, certains ayant même été arrêtés pour des actes de gestion commis sous le régime précédent.
Les précisions du Pool Judiciaire Financier
Ce Week-end, dans un entretien face au journaliste Pape Alé Niang, le procureur El Hadji Abdoulaye Sylla, à la tête du Pool Judiciaire Financier (PJF), s’est récemment exprimé sur les dossiers liés aux rapports de la CENTIF.
Il a affirmé avoir reçu 69 rapports depuis l’installation officielle du PJF. Sur ce total, 62 ont déjà fait l’objet d’une saisine des cabinets d’instruction, tandis que les 7 restants sont en cours d’exploitation.
Qu’en est-il réellement de la reddition des comptes ?
Le scandale le plus récent concerne l’Office National de l’Assainissement du Sénégal (ONAS), qui oppose le ministre Cheikh Tidiane Dièye à Cheikh Dieng, ancien directeur de l’office, membre fondateur de « Kiraay » et actuel directeur de la FERA.
Accusé de falsification de documents administratifs, Cheikh Dieng a finalement été blanchi à la surprise générale par une décision rendue le 11 juin par le Tribunal de Grande Instance de Dakar.
Par ailleurs, l’affaire Mbour 4, l’un des feuilletons fonciers les plus complexes du pays, illustre parfaitement les dérives de la gestion des terres. Ces dossiers heurtent aujourd’hui à des lenteurs administratives et judiciaires persistantes.
Pour rappel, le chef de l’État avait initié une vaste campagne de vérification couvrant la gestion publique de la période allant de 2019 à début 2024.
Malheureusement, la transhumance politique semble offrir une échappatoire à certains cadres de l’ancien régime.
Ces derniers tentent de s’abriter sous la bannière de la nouvelle mouvance présidentielle pour échapper aux conséquences judiciaires de ces rapports d’audit accablants.