Suite à l’entretien du président Bassirou Diomaye Faye accordé au quotidien Le Soleil, au cours duquel il a esquivé des questions sociétales majeures, il convient de s’interroger sur le véritable rôle des médias publics. Cette situation soulève des questions sur leur mission, d’autant plus qu’ils bénéficient de conventions spécifiques avec les institutions, contrairement aux médias privés.
Avant l’alternance politique, le mot d’ordre était de réformer les médias publics, tels que Le Soleil et la RTS , afin de réorienter leur mission principale vers le service du peuple. Aujourd’hui, force est de constater que c’est l’inverse qui se produit.
Respectivement dirigés par Lamine Niang et le journaliste Pape Alé Niang, le quotidien national et la RTS semblent avoir oublié les promesses de rupture annoncées. Leurs directeurs se contentent désormais de servir le président de la République.
En février 2021, alors que Yakham Mbaye l’accusait de « s’adonner à des enfantillages », Pape Alé Niang alors directeur de publication du site Dakar Matin défendait sa posture de contre-pouvoir en déclarant que « la RTS était un média de propagande des régimes en place »
Avant sa nomination à la tête du quotidien Le Soleil, Lamine Niang, alors directeur général de Jotna Média, critiquait lui aussi ouvertement la gestion et l’orientation des médias publics de l’époque, fustigeant ce qu’il qualifiait d’ »ostracisation médiatique ».
Le piège des conventions et des milliards
Ces structures publiques se retrouvent souvent au cœur d’un conflit d’intérêts structurel qui altère leur devoir d’impartialité. En bénéficiant de conventions de financement étatiques et de budgets publicitaires de plusieurs milliards de francs CFA directement alloués par le pouvoir en place, ces organes de presse développent une dépendance financière aiguë vis-à-vis de la tutelle gouvernementale.
Cette manne financière, censée garantir la viabilité du service public, se transforme fréquemment en un outil de pression politique et éditoriale. À titre d’exemple, dans le cadre du Fonds d’appui et de développement de la presse (FADP), les médias d’État comme la RTS et Le Soleil avaient capté environ 42 % de l’enveloppe globale, soit plus de 800 millions sur un total de 1,9 milliard de francs CFA.
Par conséquent, cette « captivité financière » les empêche de diffuser une information plurielle, critique et objective. Elle relègue la déontologie journalistique au second plan pour éviter de froisser le donneur d’ordre étatique.