En ce 7 mars 2026, le King Fahd Palace de Dakar, habitué aux fastes et aux négociations feutrées, a été le théâtre d’une assemblée générale qui restera gravée dans les annales de la politique sénégalaise. Sous les lustres imposants de cet hôtel emblématique, la coalition « Diomaye Président » s’est réunie pour adopter ses textes fondateurs et consolider sa structure, avec en toile de fond le soutien indéfectible au président Bassirou Diomaye Faye. Mais ce qui devait être un moment de unification s’est mué en une arène de règlements de comptes, révélant les fissures profondes au sein du pouvoir. Des discours enflammés, des répliques cinglantes et une indignation nationale qui gronde : voilà le bilan d’une journée où la réalité politique a souvent été contredite par les mots prononcés.
Tout commence par le discours du président Faye lui-même. Devant une assemblée de plus de 400 membres, il est revenu sur la genèse de cette coalition, née dans un contexte tumultueux marqué par la dissolution du parti PASTEF et son propre emprisonnement avant l’élection de 2024. « Cette alliance politique est née dans un contexte difficile », a-t-il rappelé, insistant sur la résilience qui a permis sa victoire présidentielle. Pourtant, ce récit historique semble occulter une partie de la vérité : la coalition, bien que cruciale, doit beaucoup à l’élan populaire impulsé par Ousmane Sonko et PASTEF, qui ont fourni une base électorale massive. Bassirou Diomaye Faye, en se positionnant comme le pivot unique de cette victoire, ouvre la porte à des interprétations contraires à la réalité collective de la campagne, où les sacrifices des militants pastefiens ,arrestations, manifestations réprimées ont été déterminants.
Mais le clou du spectacle est venu d’Abdourahmane Diouf, ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, dont l’intervention a électrisé l’assistance. Face au président Faye, Diouf n’a pas mâché ses mots en répondant à Ousmane Sonko, le Premier ministre et leader de PASTEF, qui avait auparavant affirmé que 90 % de l’électorat de Faye provenait de son parti. « Personne ne pourra réécrire l’histoire, c’est la Coalition Diomaye Président qui a élu le président Diomaye Faye. C’est d’ailleurs cette victoire qui leur a permis (Pastef) de remporter ensuite les Législatives », a lancé Diouf, ajoutant avec audace : « Nous ne te demandons pas ton avis. Tu peux y réfléchir, mais nous, nous vous avons choisi pour nous représenter. » Cette réplique, prononcée devant Faye, sonne comme une déclaration de guerre ouverte. Abdourahmane Diouf a même profité de l’occasion pour lancer prématurément la campagne pour la réélection de Faye en 2029, ignorant les tensions actuelles et les défis immédiats du pays. Une telle affirmation, qui minimise le rôle de PASTEF, apparaît comme une distorsion flagrante de la réalité électorale, où l’alliance était symbiotique plutôt que hiérarchique.
D’autres alliés ont emboîté le pas. Me Abdoulaye Tine, lors du Conseil des Leaders, a lui aussi visé Ousmane Sonko en défendant le droit exclusif du président à nommer le superviseur général de la coalition. « Comment peut-on chercher un superviseur pour une entité qui porte le nom de quelqu’un ? », a-t-il questionné, dans une pique à peine voilée contre les prétentions de PASTEF à dominer l’alliance. Aminata « Mimi » Touré, figure clé de la coalition, avait annoncé l’événement en appelant à une conduite disciplinée et respectueuse, y compris sur les réseaux sociaux, pour défendre l’agenda présidentiel. Ces interventions, censées restructurer et renforcer, ont au contraire exposé les rivalités intestines, avec des accusations de trahison et d’opportunisme qui volent bas.
Et c’est là que surgit la honte nationale, cette indignation qui a embrasé les réseaux et les débats publics. De nombreux observateurs et citoyens voient dans cette assemblée une trahison flagrante du « tandem » Faye-Sonko, symbole d’espoir lors de l’élection de 2024. « Diomaye a trahi Sonko et ceux qui l’ont élu », clament certains. Cette fracture est perçue comme une médiocrité politique indigne d’un pays en quête de renouveau, où les lobbies et les egos personnels l’emportent sur l’unité nationale. Les discours, en contredisant la réalité des sacrifices collectifs, ont alimenté un sentiment de division profonde, opposant « bons » et « mauvais » au sein même du pouvoir.
Au final, cette assemblée de restructuration au King Fahd Palace n’a pas seulement validé des textes ; elle a cristallisé les doutes sur la cohésion du régime. Dans un Sénégal confronté à des défis économiques et sociaux pressants, ces joutes internes sonnent comme un luxe inacceptable. Si la coalition vise à propulser Faye vers 2029, elle risque d’abord de le fragiliser, en alimentant une indignation qui pourrait bien se transformer en vague contestataire. L’histoire, comme l’a dit Abdourahmane Diouf, ne s’efface pas mais elle se réécrit parfois au prix d’une nation divisée.
Machala belle analyse sokhna ramatoulaye
Tres belle plume Ramatoulaye
Merci Xalaat, merci Rahmatul Laahi