Le Premier ministre a récemment évoqué le potentiel du gaz de Gadiaga dans le segment onshore. C’est une piste intéressante. Mais avant de parler de production ou de valorisation, une condition préalable s’impose : octroyer d’abord la licence d’exploration à Petrosen.
À ce jour, aucune campagne de recherche n’a encore été menée sur ce périmètre dans le cadre d’un nouveau programme. Pourtant, Petrosen avait inscrit 100 millions de dollars dans son budget 2026 pour l’onshore, incluant le forage de deux puits d’exploration. Ce budget existe. Les ambitions sont clairement formulées. Mais la licence d’exploration, elle, n’a toujours pas été délivrée.
Selon plusieurs sources proches du dossier, cette attribution a été freinée au plus haut niveau. Le Président Bassirou Diomaye Faye et certains conseillers du ministère auraient bloqué le processus. L’objectif affiché aurait été de confier cette licence à une société privée disposant d’appuis au Palais. Une société qui n’a aucune expérience dans l’amont pétrolier et gazier, et dont les activités se limitent aujourd’hui à la distribution de carburants en stations-service.
Cette orientation soulève de sérieuses questions. L’exploration onshore, surtout sur un bassin déjà partiellement connu comme celui de Gadiaga/Diender, exige des compétences techniques spécifiques : géologie, géophysique, forage, évaluation de réserves, gestion des risques. Ce n’est pas une activité de distribution d’essence. Confier une telle licence à un acteur sans track-record en exploration-production revient à prendre un risque élevé sur les deniers publics et sur le calendrier énergétique du pays.
Petrosen, en tant que compagnie nationale, a déjà une expérience sur le champ de Gadiaga (en partenariat historique avec Fortesa). Elle dispose d’équipes, de données et d’un budget alloué. Lui refuser la licence alors qu’elle a provisionné les moyens pour forer, tout en privilégiant un opérateur sans expérience amont, apparaît difficilement justifiable sur le plan technique et stratégique.
Le gaz de Gadiaga peut effectivement constituer une option complémentaire, notamment pour le marché domestique. Mais tant que la licence d’exploration n’est pas clairement attribuée à l’opérateur national qui a budgété les travaux, tout discours sur le potentiel onshore reste théorique. La priorité devrait être simple : délivrer la licence à Petrosen, lancer les travaux prévus, et évaluer sérieusement le potentiel avant de redistribuer des droits à des acteurs non expérimentés.
L’enjeu n’est pas seulement technique. C’est aussi celui de la cohérence de la politique énergétique et de la souveraineté effective sur les ressources. Donner la priorité à l’opérateur national disposant déjà des moyens et de l’historique sur la zone n’est pas une option idéologique. C’est une question de sérieux et de responsabilité.