La Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lo a été marquée par un échange direct et polarisant avec le député Tahirou Sarr, leader du parti Les Nationalistes (Jël liñu moom).
Dans son grand oral devant l’Assemblée nationale, Al Aminou Lo a fermement condamné les discours xénophobes et le repli identitaire. « C’est un discours extrêmement dangereux. Il faut que cela cesse », a-t-il déclaré. Il a rappelé que le Sénégal s’est construit sur le métissage sous-régional, que beaucoup de Sénégalais ont des parents originaires des pays voisins, et que ces stigmatisations « ne correspondent pas à nos valeurs ». Le chef du gouvernement a plaidé pour un contrôle strict des flux migratoires (notamment par le renforcement des dispositifs électroniques aux frontières) tout en préservant la tradition d’hospitalité, surtout à l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026.
Face à cette position, Tahirou Sarr, connu pour ses positions nationalistes radicales sur la présence étrangère (cartes de séjour, préférence nationale dans l’emploi et le logement, critiques de la libre circulation CEDEAO, etc.), a répliqué de manière cash. Sa formule, largement relayée « nagnou bayi di féne sénégalais… » résume sa ligne : un appel à prioriser les Sénégalais, souvent interprété comme un rejet des discours d’ouverture jugés trop laxistes sur l’immigration et ses impacts sociaux, économiques et démographiques. Une autre sortie rapportée du député (« Buñu fenn askan wi ! ») a renforcé le ton frontal de l’échange.
D’un côté, Al Aminou Lo incarne la continuité d’un Sénégal « teranga » et ouvert, conscient de sa diaspora partout dans le monde et de son histoire de brassage. Il lie sécurité des frontières et attractivité (tourisme, JOJ, rayonnement diplomatique).
De l’autre, Tahirou Sarr, député depuis les législatives de 2024, porte un discours qui a trouvé un écho chez une partie de la jeunesse confrontée au chômage, à la pression sur les services publics et à ce qu’il décrit comme une concurrence déloyale. Ses propositions (cartes de séjour payantes, audit de l’état civil, restriction de l’accès à la propriété foncière pour les étrangers, etc.) sont régulièrement qualifiées de xénophobes par ses détracteurs, tandis que ses partisans y voient un nationalisme pragmatique de protection des intérêts nationaux.
L’échange d’aujourd’hui cristallise un débat de fond qui dépasse la simple séance parlementaire : comment concilier ouverture historique, contrôle migratoire effectif et cohésion sociale dans un contexte de tensions économiques et de pressions démographiques ?
Al Aminou Lo a tenté de recadrer le débat en dissociant maîtrise des frontières (qu’il dit vouloir renforcer) et stigmatisation des communautés. Tahirou Sarr, lui, maintient la pression en refusant ce qu’il considère comme un discours trop conciliant. La séquence illustre la polarisation croissante autour de la question migratoire au Sénégal, un sujet qui n’est plus marginal et qui continue de diviser l’hémicycle comme l’opinion.