Le Sénégal fait face à une résurgence inquiétante de la diphtérie, une maladie infectieuse et contagieuse que l’on croyait largement sous contrôle grâce à la vaccination. Selon le communiqué du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique publié le 14 septembre 2026, le bilan s’élève à 76 cas recensés dans 24 districts sanitaires répartis sur 11 régions, dont 9 décès, à la date du 13 septembre.
La région de Kédougou reste l’épicentre de l’épidémie avec 28 cas (18 à Kédougou, 8 à Saraya et 2 à Salémata). Suivent Dakar (12 cas, dont 7 à Guédiawaye), Thiès (10 cas, dont 9 à Mbour), Louga (9 cas), Diourbel (8 cas, principalement à Touba) et Kaolack (3 cas). Des cas isolés ont également été signalés à Matam, Fatick, Kolda, Saint-Louis et Tambacounda.
Bakel enregistre son premier décès
Dans ce contexte, le district sanitaire de Bakel (région de Tambacounda) a enregistré son premier décès : un enfant de 2 ans. Ce drame survient alors que des tensions d’approvisionnement en antitoxine diphtérique sont rapportées. L’antitoxine, traitement crucial pour neutraliser la toxine produite par la bactérie Corynebacterium diphtheriae, est essentielle dans les formes graves. Son absence ou son retard d’administration augmente considérablement le risque de complications mortelles (asphyxie, atteinte cardiaque ou neurologique).
La diphtérie commence souvent par des symptômes banals (mal de gorge, fièvre, difficultés à avaler), avant d’évoluer rapidement vers la formation de fausses membranes dans la gorge et un gonflement du cou . Sans prise en charge précoce, elle peut tuer en quelques jours, surtout chez les jeunes enfants non ou insuffisamment vaccinés.
Le premier cas confirmé date du 1er août 2026. Depuis, l’épidémie s’est étendue, révélant des poches de sous-vaccination, notamment dans le sud-est du pays où des milliers d’enfants de 0 à 5 ans ont été identifiés comme « zéro dose » ou sous-vaccinés. Les autorités sanitaires ont renforcé la surveillance, la recherche des contacts, la prise en charge gratuite des malades et le lancement de campagnes de vaccination de rattrapage.
Le ministère de la Santé rappelle avec force :
- La diphtérie est évitable par la vaccination (calendrier du Programme élargi de vaccination).
- Les parents doivent vérifier le statut vaccinal de leurs enfants et compléter les doses manquantes.
- Dès les premiers symptômes (mal de gorge, fièvre, difficultés respiratoires), il faut consulter immédiatement une structure de santé et éviter toute automédication.
Cette résurgence s’inscrit dans un contexte régional et mondial de recrudescence de la diphtérie en Afrique, souvent liée à des baisses de couverture vaccinale et à des difficultés d’accès à l’antitoxine. Au Sénégal, le taux de létalité actuel (environ 12 % avec 9 décès sur 76 cas) dépasse les moyennes habituelles (5-10 %), soulignant l’urgence d’une réponse rapide et coordonnée.
La mobilisation reste totale. Mais derrière les chiffres, chaque décès comme celui de cet enfant de 2 ans à Bakel – rappelle que la diphtérie n’appartient pas au passé. Elle frappe encore, et elle tue, surtout là où la vaccination et les traitements essentiels ne sont pas accessibles à temps.