Nommé le 25 mai 2026 à la suite du limogeage d’Ousmane Sonko, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô peine à s’imposer comme un chef de gouvernement fort. Depuis sa déclaration de politique générale (DPG), l’exécutif se montre incapable de formuler des réponses concrètes pour redresser l’économie nationale.
Entre le rejet de la loi de finances rectificative (LFR), un manque de sincérité perçu et un déficit de courage politique, ce technocrate semble aujourd’hui se bercer d’illusions face aux dures réalités du pouvoir.
Sa récente démarche auprès des communicateurs traditionnels pour aborder les enjeux économiques suscite un profond scepticisme, d’autant plus que ses approximations sur la LFR ont conduit à un nouveau rejet lors de la séance plénière du mardi 3 novembre à l’Assemblée nationale.
Un technocrate pris en étau
Ancien directeur national de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pour le Sénégal, Ahmadou Al Aminou Lô semble couler sous l’eau. Pris au piège entre les exigences de l’accord avec le FMI, l’enlisement socio-économique, les grèves syndicales et le poids d’une dette publique dissimulée, l’ancien cadre de la BCEAO ne parvient plus à convaincre de sa capacité à sortir le pays de la crise.
Pourtant, il avait lui-même présenté sa stratégie de développement, centrée principalement sur le référentiel « Vision Sénégal 2050 » et une « transformation systémique », peu après l’arrivée au pouvoir du parti Pastef. Son discours portait alors sur la nécessité de sortir l’économie de sa dépendance multiforme pour construire un modèle productif et industrialisé, créateur de valeur ajoutée locale.
Malheureusement, c’est le contraire qui semble se produire aujourd’hui. Des analystes estiment qu’en tant qu’ancien directeur national de la BCEAO pour le Sénégal, Al Aminou Lô ne peut se contenter de se positionner en observateur neutre ou de s’estimer « trompé ».
Lors de sa DPG du 8 septembre 2026, il avait pourtant dressé un état des lieux lucide et implacable des finances publiques, pointant un endettement massif, un déficit budgétaire important et l’impact des récents chocs exogènes.
Et, jusqu’ici, d’après les données de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie ( ANSD ) et les analyses macroéconomiques comme celles de la Banque Africaine de Développement), le taux de pauvreté au Sénégal se situe autour se situe 37,5% de la population de personnes en 2025 avec un taux de chômage élargi s’établissant autour de 19,2% , touchant particulièrement les jeunes et les femmes.
Bras de fer : législatif contre exécutif
Hier, la majorité parlementaire a opposé un veto catégorique à la LFR 2026, dénonçant un manque de sincérité budgétaire manifeste et des manœuvres de l’exécutif visant à masquer la réalité de la dette à travers des prévisions jugées trompeuses.
Car, l ’exécutif refuse de divulguer les secrets du rapport du cabinet Mazars ainsi que certains documents de l’Inspection générale des Finances, tant en commission qu’en séance plénière, invoquant des « clauses de confidentialité de conventions de financement, des informations bancaires sensibles et les risques susceptibles de découler d’une diffusion non maîtrisée », selon les députés.
Lors d’une récente sortie médiatique aux côtés de plusieurs membres de son équipe, le Premier ministre a fini par avouer que le projet de LFR prévoyait une réduction drastique de 555 milliards de FCFA sur les crédits de paiement consacrés aux investissements.
Un « aveu d’échec » jugé inacceptable par le camp d’Ousmane Sonko, désormais président de l’Assemblée nationale, d’autant que les subventions à l’énergie ont été revues à la baisse tandis que les taxes, elles, ont augmenté.
Le député Amadou Ba conteste également vivement le financement de l’élargissement des bourses familiales. Selon les chiffres avancés, ce dispositif nécessiterait une enveloppe cumulée de 490 milliards de francs CFA d’ici 2029, pour un objectif ambitieux visant à passer de 400 000 à un million de ménages bénéficiaires.
Le spectre de la motion de censure
Face à cette impasse, le chef du gouvernement se trouve sur un siège éjectable. Son équipe ministérielle s’expose à une dissolution immédiate par le biais d’une motion de censure, si la majorité parlementaire du Pastef décide de franchir le pas.
Conscient du danger, Al Aminou Lô avait averti les députés lors de son passage à l’hémicycle : « Une censure pourrait laisser le pays sans gouvernement en pleine préparation des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026. »
Sur le plan légal, la procédure est strictement encadrée par l’article 86 de la Constitution : la motion de censure doit être signée par au moins un dixième des députés pour être recevable. Le scrutin est public et requiert la majorité absolue des membres composant l’Assemblée. Seuls les votes favorables à la censure sont recensés.
Le parti au pouvoir (Pastef) détient une écrasante majorité à l’Assemblée nationale avec 130 sièges sur 165, alors que 83 voix suffisent pour faire tomber le gouvernement. Une telle initiative dépendra donc uniquement des arbitrages internes du parti majoritaire.
Si la motion venait à être adoptée, le Premier ministre serait contraint de remettre immédiatement la démission collective de son gouvernement au président de la République.