À l’occasion de son vingtième anniversaire célébré jeudi 27 novembre 2025 au King Fahd Palace, la Cellule nationale de Traitement des Informations financières (CENTIF) du Sénégal a organisé, dans l’après-midi, un colloque entièrement dédié aux professionnels des médias. Une rencontre qui se voulait pédagogique, interactive et tournée vers l’avenir, dans le prolongement du thème de cette année : « Vingt ans de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme : la CENTIF en marche vers 2035 ».
Face aux journalistes venus nombreux, les responsables de la CENTIF ont répondu sans détour aux questions portant sur leur fonctionnement, leurs limites, leurs succès, mais aussi les défis qui se dessinent pour la décennie à venir.
La CENTIF clarifie son mode de fonctionnement
Premier à prendre la parole, Alioune Niokhor Diouf, Directeur des Affaires juridiques, a tenu à dissiper plusieurs confusions souvent relayées dans l’opinion publique. Selon lui, la CENTIF «ne s’autosaisit pas» et «n’agit jamais sur commande». Son travail repose exclusivement sur des déclarations de soupçon émanant des entités légalement assujetties : institutions financières, établissements de paiement et de transfert de fonds, professions juridiques (avocats, notaires), acteurs du secteur immobilier, entre autres.
Il précise d’ailleurs qu’un particulier ne peut pas directement saisir la CENTIF. Le dispositif légal impose que seules les entités assujetties déclenchent le processus, après quoi la Cellule procède aux premières analyses et, si nécessaire, à une enquête approfondie.
Sur la question de son rattachement administratif, Alioune Niokhor Diouf a rappelé que la CENTIF est hébergée par le ministère des Finances pour des raisons purement administratives, mais qu’elle fonctionne en totale autonomie : « Ni le ministre des Finances, ni celui de l’Intérieur ou de la Justice n’ont un droit de regard. Personne ne peut nous donner d’injonction. Les décisions sont prises de manière collégiale. »
Une analyse fondée sur les faits, jamais sur la personne
Pour Mandjibou Leye, Directeur des Enquêtes de Police de la CENTIF, l’impartialité demeure un principe cardinal du travail d’investigation. « Le traitement ne tient pas compte de la personne », affirme-t-il, rappelant que seule la matérialité des faits, croisée aux indices financiers, détermine la suite réservée à un dossier.
Cette précision intervient dans un contexte où certaines affaires médiatisées suscitent des interrogations sur un éventuel « ciblage ». La CENTIF, insiste-t-il, opère sur la base de critères techniques et non de considérations sociales ou politiques.
Terrorisme : des dossiers signalés mais difficiles à étayer
Le chef du Bureau d’analyse est revenu sur un point souvent mal compris : les dossiers de financement du terrorisme. En 2025, 24 signalements ont été enregistrés, a-t-il révélé. Cependant, après investigation, aucun n’a pu être solidement établi, faute d’éléments « probants et soutenables devant le parquet ». Résultat : plusieurs dossiers n’ont pas été transmis aux autorités judiciaires.
Une réalité qui illustre, selon la CENTIF, la complexité du travail d’analyse financière dans un domaine où la prudence et la rigueur sont indispensables.
La CENTIF veut renforcer son partenariat avec la presse
Clôturant les échanges, Cheikh Mouhamadou Bamba Siby, Président de la CENTIF, a insisté sur le rôle déterminant des médias dans la compréhension des enjeux liés au blanchiment et au financement du terrorisme. « La presse doit servir de relais. Nous sommes disponibles pour répondre aux interpellations, pour que le grand public reçoive la bonne information. »
Il a également évoqué un chantier d’avenir : la perspective d’une CENTIF plus autonome financièrement, à l’image de certains modèles internationaux où les Cellules de renseignement financier disposent d’un budget propre, indépendant de l’État. Un débat que la presse peut aider à porter dans l’espace public.
Le Président a enfin pris l’engagement que ce type de rencontre sera institutionnalisé : « Une réunion annuelle avec la presse permettra de faire le point sur nos rapports et de recueillir vos questions légitimes. »
Un anniversaire tourné vers la transparence et l’avenir
Cette séance de questions-réponses, marquée par une volonté d’ouverture, aura permis aux journalistes de mieux comprendre les mécanismes internes de la CENTIF, ses garde-fous institutionnels et ses ambitions pour les années à venir. À l’heure où le Sénégal renforce son dispositif contre les flux financiers illicites, la CENTIF entend faire de la communication avec la presse un pilier central de sa stratégie jusqu’en 2035.