Dans l’effervescence politique sénégalaise, le documentaire De la Prison au Palais, réalisé par Abdou Karim Ndoye, photographe officiel de la présidence, et présenté en avant-première le 12 décembre 2025 à Dakar, suscite un vif débat. Ce film, qui tire son titre d’un livre biographique paru en 2024 sur Bassirou Diomaye Faye, retrace les dix jours intenses de campagne menant à l’élection présidentielle de mars 2024. Il évoque l’ascension fulgurante d’un homme passé de la détention à la magistrature suprême, symbolisant la « rupture » promise par le régime Pastef. Pourtant, dès son annonce, cette œuvre a allumé la mèche d’une polémique : est-ce un hommage au « projet » collectif des patriotes, comme le clame le président Faye, ou une tentative subtile de réécrire l’histoire en minimisant le rôle central d’Ousmane Sonko ? Ces interrogations, légitimes, interrogent la mémoire collective d’une nation encore marquée par les luttes de 2021-2023.
Le contexte est clair : après des années de répression sous Macky Sall, marquées par des manifestations sanglantes (plus de 80 morts), des arrestations arbitraires et la dissolution du parti Pastef, l’élection de Faye en mars 2024 a été vue comme une victoire populaire. Mais le film, produit par un proche du pouvoir, semble focaliser les projecteurs sur le président Bassirou Diomaye Faye seul, reléguant au second plan les sacrifices partagés. Comme l’exprime un observateur : « Le titre ‘De la prison au palais’ n’a rien de fortuit : il est hautement révélateur. Ce choix occulte délibérément Sonko. » C’est ici que naissent les doutes : ce récit veut-il relater les faits avec fidélité, ou sert-il à mettre en avant Bassirou Diomaye Faye en écartant Ousmane Sonko ?
Revenons aux détails concrets de la présentation du film. L’avant-première s’est déroulée dans un cadre restreint, presque intime, au Grand Théâtre de Dakar. Étaient présents : le président Bassirou Diomaye Faye, son épouse Absa Faye, le président de l’Assemblée nationale El Malick Ndiaye, le ministre de la Culture Amadou Ba ainsi que quelques responsables institutionnels et figures proches du régime. Cette composition frappe par ses absences notables. Pas de trace d’Ousmane Sonko, fondateur du Pastef et mentor politique de Bassirou Diomaye Faye, ni des familles des martyrs des manifestations, ni même de militants de base qui ont porté la « révolution patriotique ». Au lieu d’une célébration inclusive, l’événement ressemble à une soirée familiale et institutionnelle, renforçant l’impression d’une œuvre taillée pour magnifier l’image présidentielle.
Le contenu du film lui-même alimente ces soupçons. Focalisé sur les « dix jours de campagne » post-libération de Faye (grâce à une amnistie en mars 2024), il met en scène des discours inspirants, des coulisses électorales et l’enthousiasme populaire. Mais les critiques pointent du doigt l’omission des années de lutte antérieures : les grèves de la faim de Sonko, les accusations judiciaires (comme l’affaire Sweet Beauty), et les mobilisations qui ont coûté la vie à des dizaines de jeunes. O. Ndour, présentatrice du documentaire, défend l’œuvre en affirmant : « 99,99% des gens qui vouent aux gémonies ‘De la prison au palais’ ne l’ont pas encore vu. » Elle insiste sur le fait que le film raconte « le parcours d’un peuple qui a choisi de rester debout. » Pourtant, pour beaucoup, cette défense sonne creux face à une production qui semble prioriser l’héroïsation de Bassirou Diomaye Faye.
Au cœur de la controverse se trouve le mécontentement des patriotes, ces militants du Pastef qui voient en Ousmane Sonko le « principal acteur » de la victoire. Pour eux, Bassirou Diomaye Faye n’était que le « Plan B », un fidèle lieutenant arrêté en avril 2023 pour un simple post Facebook critiquant la justice. Sonko, en revanche, a enduré des mois de prison, une dissolution de parti, et a incarné la résistance populaire dès 2021. Des voix s’élèvent pour dénoncer une « opération chirurgicale » visant à effacer Sonko de l’histoire : « Ce documentaire n’est pas un oubli, c’est une ablation volontaire de la colonne vertébrale de la révolution. » Sur les réseaux, les critiques fusent : le film serait une manœuvre pour promouvoir une « coalition Diomaye 2029 », en vue d’un second mandat, en reléguant Sonko au rôle de figurant.
Cette polémique s’inscrit dans un contexte de tensions internes au Pastef. Des rumeurs de « brouille » entre Sonko et Faye circulent depuis novembre 2025, amplifiées par des choix comme la censure d’ouvrages sur Sonko à la télévision publique (RTS), tandis que ceux sur Bassirou Diomaye Faye sont promus. Abdou Karim Ndoye, réalisateur et proche de Bassirou Diomaye Faye, est au centre des accusations : son rôle de photographe officiel soulève des questions sur l’indépendance de l’œuvre. Un commentateur note : « À quelques jours de sa première nationale, le film documentaire De la Prison au Palais suscite une vive polémique politique au Sénégal. » Les patriotes craignent une division : « La contribution de Diomaye est modeste et n’a jamais été déterminante au point de parler du tandem. »
D’un autre côté, l’on affirme que « le film raconte un projet pas un Homme. » Mais dans un pays où la mémoire collective est fragile, cette approche risque de creuser des fractures. Est-ce une rupture morale, où l’on bâtit une légitimité sur l’effacement des autres ? Ou simplement une célébration sincère d’une victoire ? Les tensions au sein du Pastef, avec des figures comme Abdou Karim Ndoye au cœur de la polémique, suggèrent que la réponse n’est pas neutre.
De la Prison au Palais n’est pas qu’un film : c’est un miroir tendu à la nation sénégalaise. Vos questions sur la fidélité aux faits, sur l’éviction de Sonko, sur les intentions cachées résonnent comme un appel à la vigilance. L’histoire du Sénégal, forgée dans le sang des patriotes, ne se réécrit pas au montage d’un documentaire. Comme le rappelle un débatteur : « On ne bâtit pas une légitimité sur l’effacement. » Reste à savoir si ce récit unira ou divisera. À vous, lecteurs, de juger : gloire personnelle ou mémoire collective ? Le temps, et les actes du pouvoir, trancheront.
Ramatoulaye Sow
Personnellement, j’attends des cadres de PASTEF des actions concrètes plutôt que des polémiques. Il est essentiel de documenter, de manière rigoureuse, tout le parcours du Président Ousmane Sonko depuis sa radiation, afin de répondre aux récits produits par le système.
Livres, films ou séries documentaires sont indispensables, non pas seulement pour nous qui avons été témoins des faits, mais surtout pour les générations futures. À l’ère de l’IA, l’histoire sera façonnée par les contenus disponibles en ligne. Il est donc urgent d’occuper l’espace numérique avec des archives fiables et la véritable version des faits, afin d’éviter les déformations de l’histoire, comme cela s’est déjà produit ailleurs.