Au lendemain du discours de fin d’année prononcé par le président Bassirou Diomaye Faye, le Collectif des Ex-Détenus Politiques et Victimes des Événements de 2021-2024 (CODEPS) a réagi avec vigueur. Dans un communiqué de presse publié le 1er janvier, le collectif exprime sa profonde déception face à l’absence totale de référence à la justice due aux “martyrs” de la répression sous l’ancien régime de Macky Sall.
Ce silence, qualifié de “trahison déjà perceptible”, ravive les plaies d’une période tumultueuse qui continue de hanter la mémoire collective sénégalaise. Un Contexte de Tensions Politiques Persistantes Les années 2021 à 2024 ont été marquées par une vague de contestations populaires au Sénégal, déclenchées notamment par l’arrestation de l’opposant Ousmane Sonko en mars 2021 et les soupçons d’un troisième mandat pour Macky Sall.
Ces manifestations, souvent réprimées avec force, ont entraîné des dizaines de morts des estimations variant entre 65 et plus de 80 selon les sources officielles et les ONG , des centaines de blessés et plus de 2 000 arrestations. Le CODEPS, formé par d’anciens détenus et les familles des victimes, s’est imposé comme un porte-voix intransigeant pour la reconnaissance de ces souffrances.
L’alternance politique d’avril 2024, avec l’élection de Bassirou Diomaye Faye à la présidence, avait suscité l’espoir d’une ère de réconciliation. Une loi d’amnistie adoptée en mars 2024 a permis la libération de nombreux détenus politiques, mais elle est critiquée pour avoir entravé les poursuites contre les responsables présumés des violences. Malgré des mesures d’indemnisation annoncées par le nouveau gouvernement 10 millions de FCFA par famille endeuillée et 500 000 FCFA par ex-détenu, ainsi qu’une prise en charge médicale , le collectif dénonce des retards et un manque de justice pénale effective.
Les Critiques Virulentes du Communiqué Dans son message, le CODEPS pointe du doigt le discours présidentiel, qui a mis l’accent sur l’emploi des jeunes, les infrastructures et la baisse des prix des denrées de première nécessité, sans aborder les questions cruciales de reddition des comptes. “Si ce dernier a longuement abordé les questions liées à l’emploi des jeunes, aux infrastructures, à l’organisation des Jeux olympiques ainsi qu’à la baisse des denrées de première nécessité”, note le communiqué, mais “cette omission grave consacre, une fois de plus, une trahison déjà perceptible”.
Le texte va plus loin, qualifiant ce silence d’“inconcevable” au regard des “immenses sacrifices” consentis pour l’avènement du pouvoir actuel. Il évoque les souffrances des ex-détenus et des familles, bafouées par l’absence de mention à la mémoire des martyrs. “La réconciliation nationale, si souvent invoquée, ne saurait être réduite à un slogan creux. Sans justice, elle demeure illusoire, fragile et vouée à l’évanescence”, assène le collectif.
Réaffirmant ses revendications centrales vérité, justice et responsabilité , le CODEPS insiste : “Aucune paix durable ne peut se construire sur l’oubli, l’impunité ou le déni.” Il appelle à une mobilisation renouvelée pour une année 2026 placée “sous le sceau de la vérité, de la justice et de la dignité retrouvée”, concluant par un slogan mobilisateur : “Patriotes un jour. Patriotes toujours ! Nous resterons vigilants.” Une Mobilisation qui Ne Faiblit Pas Depuis sa création, le CODEPS a multiplié les actions : marches pacifiques, conférences de presse et plaidoyers auprès des institutions nationales et internationales.
En 2025, des rassemblements à Dakar et Guédiawaye ont réclamé la dissolution de l’Alliance pour la République (APR, parti de Macky Sall) et des poursuites contre les anciens dirigeants. Bien que le gouvernement Faye ait initié des réformes, comme la réforme de la justice et des enquêtes sur les événements passés, les victimes estiment que ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur des traumatismes.
Ce communiqué intervient dans un climat politique où la quête de justice coexiste avec des avancées économiques et sociales soulignées par le président. Il illustre les défis d’une transition démocratique : comment honorer le passé sans entraver l’avenir ? Pour le CODEPS, la réponse est claire la paix passe par la vérité.
Perspectives pour 2026 Alors que le Sénégal entre dans sa troisième année sous la présidence Faye, ce cri d’alarme du CODEPS pourrait relancer le débat sur la mémoire collective. Le collectif promet de poursuivre sa vigilance. Dans un pays où la jeunesse aspire à la stabilité, la résolution de ces plaies ouvertes pourrait définir le succès de cette mandature.

Ramatoulaye Sow