Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que le Parti PASTEF – Les Patriotes montre qu’il ne compte pas rester spectateur de sa propre histoire. À peine une semaine après l’assemblée générale de la coalition « Diomaye Président » du 7 mars, qui avait laissé filtrer quelques tensions au sommet de l’État, Ousmane Sonko a orchestré un week-end politique d’une densité rare. Samedi 14 et dimanche 15 mars, le parti a enchaîné rencontres de coalition, activités de base et une session décisive du Conseil national. Le message est clair : PASTEF se structure, se massifie et fixe son cap, quoi qu’il arrive en haut.
Samedi, le Premier ministre a d’abord tenu, à huis clos, une longue rencontre avec les leaders de la coalition APTE. Il l’a qualifiée lui-même de « fructueuse et résolument constructive ». Le soir, les militants des Parcelles Assainies ont pu savourer un ndogou patriotique tandis que d’autres sections organisaient conférences et panels. L’ambiance était à la mobilisation, loin des salons feutrés du pouvoir.
Mais le clou du week-end est venu dimanche 15 mars au siège du parti à Dakar. Sous la présidence effective d’Ousmane Sonko, le Conseil national s’est réuni en session ordinaire. À l’ordre du jour : un seul point majeur, mais historique : la convocation et l’organisation du 1er Congrès national de PASTEF. À l’issue des délibérations, le communiqué officiel est tombé, lapidaire et ambitieux : le congrès se tiendra le samedi 6 juin 2026 à Dakar. Il aura pour mission d’élire le président du parti et de définir les grandes orientations politiques pour les six prochaines années, « afin de soutenir durablement la transformation systémique du Sénégal dans une Afrique unie, libre et prospère ».
Concrètement, la Haute Autorité de Régulation du Parti (HARP) est chargée d’organiser l’élection présidentielle interne en toute transparence. Le président du parti et le Bureau politique national se voient confier la mise en place des comités préparatoires : rédaction des textes doctrinaux, logistique, mobilisation nationale et diasporique, révision des statuts et du règlement intérieur. Le Conseil national a également pris note de l’installation en cours de la Commission nationale de placement des cartes (CNPC), créée par décision n°01/PASTEF/PR/2026 du 8 mars, et présenté le nouveau format des cartes de membre ainsi que la maquette du futur siège national.
Dans son allocution de clôture, Ousmane Sonko a appelé « à intensifier le travail militant et à renforcer la fraternité, l’unité et la discipline au service du projet de transformation nationale et de révolution citoyenne ». Il a aussi évoqué les conclusions de la rencontre APTE de la veille et les premières mesures de préparation des prochaines élections territoriales.
Ce week-end chargé n’arrive pas par hasard. Après les piques échangées lors de l’assemblée de la coalition Diomaye Président et la mise en place express de la CNPC pour « bétonner la base », PASTEF envoie un signal fort : le parti ne se dilue pas dans la coalition présidentielle. Il se prépare à exister par lui-même, avec son calendrier, ses militants et ses ambitions. Le « rouleau est en marche », avait prévenu Sonko samedi soir. Le congrès du 6 juin sera le premier vrai test de cette nouvelle phase : institutionnalisation après douze ans de combat, passage d’un mouvement à un parti structuré, et peut-être clarification des rapports de force au sommet de l’exécutif.
Que l’on soit sympathisant ou observateur, une chose est sûre : PASTEF ne fait pas semblant. Pendant que d’autres parlent de cohabitation douce ou de recadrage, Sonko, lui, organise, mobilise et date. Le Sénégal politique vient de vivre un week-end où le parti au pouvoir a rappelé qu’il reste, avant tout, un parti. Et qu’il compte bien le rester.