Au Sénégal, la question de la corruption des élites politiques, administratives et économiques n’est plus un sujet tabou. Elle est devenue, selon Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, une préoccupation centrale des populations. Dans une déclaration récente, le militant des droits humains a formulé un avertissement sans ambiguïté :
« Il faut être atteint de cécité politique pour ne pas comprendre les préoccupations du peuple par rapport à la corruption des élites politiques, administratives et économiques du pays. Tout homme ou toute femme politique qui ne s’engage pas à combattre fermement la corruption va droit au suicide. »
Ce message, clair et tranchant, résonne comme un rappel à l’ordre adressé à toute la classe dirigeante. Pour Seydi Gassama, l’heure n’est plus aux discours. Les citoyens attendent désormais des actes concrets, mesurables et transparents.
Au cœur de son propos, Seydi Gassama place la déclaration de patrimoine. Selon lui, ce mécanisme n’a de réelle utilité que s’il répond à trois conditions strictes :
- Être effectué à la prise de fonction ;
- Être renouvelé à la fin du mandat ;
- Être rendu public.
Sans publicité, la déclaration de patrimoine reste un exercice formel, sans effet de dissuasion. « Ceux qui ont gagné honnêtement leur fortune n’ont jamais peur de la divulguer », avait-il déjà affirmé par le passé. Cette exigence de transparence s’inscrit dans une logique simple : le pouvoir public n’est pas un moyen d’enrichissement personnel, mais un sacerdoce.
Seydi Gassama va plus loin. Il revendique un contrôle systématique et sans faille des deniers publics. Aucun centime ne devrait, selon lui, échapper aux corps de contrôle de l’État (Inspection générale d’État, Cour des comptes, OFNAC…) ou à une commission spécialisée du Parlement.
Cette exigence renvoie à un principe fondamental de la démocratie : la reddition des comptes. Dans un pays où les ressources sont limitées et les besoins immenses, chaque franc mal utilisé est un franc volé au développement, à l’éducation, à la santé et à l’emploi des jeunes.
En affirmant qu’un homme ou une femme politique qui refuse de combattre fermement la corruption « va droit au suicide », Seydi Gassama ne fait pas de la rhétorique. Il constate une réalité politique nouvelle. Les populations sénégalaises, particulièrement les jeunes, ne tolèrent plus l’impunité. Les attentes exprimées lors de l’élection présidentielle de 2024 restent vives. Tout dirigeant qui sous-estimerait cette exigence de rupture avec les pratiques du passé s’expose à un rejet populaire rapide et durable.
La déclaration de Seydi Gassama n’est pas une simple opinion. C’est un miroir tendu à la classe politique sénégalaise. Combattre la corruption n’est plus une option idéologique : c’est une condition de survie politique. La transparence des patrimoines, le contrôle effectif des deniers publics et la volonté réelle de sanctionner les abus ne sont plus des vœux pieux. Ils sont devenus les critères minimaux d’une gouvernance crédible.
Dans un pays où la jeunesse représente la majorité de la population, ignorer ces exigences reviendrait, en effet, à un suicide politique collectif.