Inauguré en février 1979 sous la présidence de Léopold Sédar Senghor par le Premier ministre de l’époque, Abdou Diouf, le pont Émile Badiane, long d’environ 640 mètres, enjambe le fleuve Casamance à Ziguinchor. Pendant près d’un demi-siècle, il a constitué le principal trait d’union entre la capitale de la Casamance et le reste du Sénégal, facilitant les échanges commerciaux avec la Gambie, la Guinée-Bissau et l’intérieur du pays.
Aujourd’hui, l’ouvrage est dans un état de délabrement avancé : fissures, béton qui s’effrite, armatures apparentes, vibrations anormales au passage des poids lourds. Des accidents graves se sont multipliés, dont des chutes de véhicules dans le fleuve (2019, 2021, et plus récemment en 2026). Collectifs citoyens (« L’Heure est grave », Collectif pour la reconstruction du pont Émile Badiane), transporteurs et populations tirent la sonnette d’alarme depuis des années, rappelant le risque d’un drame comparable au naufrage du Joola.
Plusieurs gouvernements ont annoncé la reconstruction ou la construction d’un second pont (souvent évoqué entre Ziguinchor et Tobor, d’une longueur projetée autour de 1 280 mètres ou plus selon les versions). Des enveloppes ont été citées (50 milliards FCFA dans le PRES sous Ousmane Sonko, 25 milliards de démarrage sur fonds propres annoncés par le président Bassirou Diomaye Faye fin 2025, des montants plus élevés dans d’autres déclarations antérieures). Des appels d’offres ont été lancés, des entrepreneurs pressentis, des dates de pose de première pierre fixées… puis reportées (notamment celle initialement annoncée pour fin juillet 2026).
Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a récemment résumé la situation de façon claire et réaliste : techniquement et administrativement, tout est prêt, mais l’État n’a pas les moyens de financer la reconstruction dans l’immédiat.
Le pont Émile Badiane n’est pas seulement une infrastructure locale. C’est un maillon stratégique de l’axe nord-sud, un outil de continuité territoriale et un soutien à l’économie régionale. Chaque jour de report expose les usagers à un risque réel. Les populations de Ziguinchor et de la Casamance demandent des actes concrets : sécurisation immédiate de l’existant (limitation de tonnage, renforcement d’urgence si possible) et calendrier clair pour le nouvel ouvrage.
L’État reconnaît désormais ouvertement le blocage financier. La question qui se pose désormais n’est plus celle de la volonté politique ni de la maturité technique du projet, mais celle de la capacité à trouver, rapidement, les ressources nécessaires qu’elles soient endogènes, partenariales ou innovantes pour éviter qu’une catastrophe annoncée ne se produise.