Artiste engagé originaire du Walo, Woz Kaly est un musicien de renom au sein de la diaspora, qui s’est longuement confié à travers un interview, sur son parcours et son militantisme. Connu pour son regard très critique envers la classe politique, il a choisi de mettre ses chansons au service de causes sociales, en faisant notamment de la scolarisation des filles l’une de ses priorités.
Bonjour : Question : Qu’est-ce qui a été le déclencheur principal de votre engagement citoyen et artistique ?
Woz Kaly : Les racines de mon engagement plongent dans mon vécu et dans un constat personnel de notre société. J’ai toujours été profondément épris de paix, rejetant et combattant l’injustice sous toutes ses formes. Ma mère me dit souvent que j’ai hérité ce trait de caractère de mon arrière-arrière-grand-père, Seck Maname Coumba Dièye, Brack du Waalo. Par ma lignée maternelle, je suis en effet un Waalo-Waalo originaire de Ross Béthio. À son époque déjà, mon ancêtre s’est illustré par sa lutte acharnée contre l’injustice.
Question : Vous vous êtes activement opposé aux pratiques de Yahya Jammeh avant l’alternance démocratique ; quelles étaient les raisons de ce combat ?
Woz Kaly : En tant qu’artiste, mon devoir est de faire corps avec mon peuple : sa détresse m’affecte et son bonheur fait le mien. Si j’ai pris publiquement position pour la liberté d’expression en Gambie, c’est parce qu’un dictateur en gestation commençait à opprimer un peuple frère et un pays voisin. Heureusement, grâce à la mobilisation de la communauté internationale, il a pu être mis fin à cette dérive.
Question : Entre silence et dissidence, quelle doit être la mission de l’artiste pour la société dans l’Afrique contemporaine ?
Woz Kaly : Le premier et unique devoir de l’artiste est d’être libre. Il doit se placer au-dessus de la mêlée et ne pas se positionner systématiquement comme un contre-pouvoir systématique. Son rôle est de dénoncer ce qui nuit à la société, mais aussi de savoir apprécier et saluer ce qui est accompli pour le bien-être du pays.
Lorsque l’on crée depuis la diaspora, on perçoit parfois les urgences du pays à travers le prisme d’une vive émotion, ce qui peut susciter une colère face à des réalités impensables dans nos pays d’accueil. Le fait de revenir plus régulièrement au Sénégal m’a permis de relativiser.
La vie est complexe, faite de nuances et de mille facettes différentes.
Question : Dans vos titres, vous défendez très souvent la scolarisation des filles. Considérez-vous cela comme un combat personnel ?
Woz Kaly : Tout à fait, et je m’inscris dans la lignée d’Amadou Sakhary Mbaye pour la scolarisation des jeunes. Aujourd’hui encore, de trop nombreuses jeunes filles sont éloignées des bancs de l’école à cause des mariages précoces ou du poids des tâches ménagères. Pourtant, la jeune fille d’aujourd’hui est la femme de demain. L’éducation lui donnera les outils indispensables pour affronter un monde de plus en plus complexe. De plus, en tant que fils d’instituteur, cette démarche est aussi un moyen de rendre hommage à tous les enseignants du Sénégal et du monde, qui exercent le plus noble des métiers.
Question : Si vous aviez un message à transmettre à la jeune génération, quel serait-il ?
Woz Kaly : À cette jeune génération d’artistes sénégalais pétris de talent, je dirais : ne laissez jamais l’amour et la passion de l’art vous quitter. La musique est un long chemin, souvent sinueux et parsemé d’embûches. Seuls le travail, la passion et l’humilité doivent être vos compagnons de route de chaque instant.