Ce mardi 8 septembre 2026, devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a livré un diagnostic sans fard de la situation des finances publiques. Dette publique consolidée autour de 132 % du PIB (plus de 23 500 milliards de FCFA), déficit élevé, obligations qui ont perdu la moitié de leur valeur sur les marchés, taux d’intérêt pouvant atteindre 60 % sur le marché secondaire pour un emprunt à deux ans… Le tableau dressé était sombre.
C’est dans ce contexte qu’il a prononcé les phrases qui ont immédiatement fait le tour des réseaux et des rédactions :
« Nous sommes dans l’ajustement structurel ; Nous avons mis fin à énormément de projets. »
« Nous sommes actuellement dans l’ajustement structurel. »
Et plus loin : « C’est cela, l’ajustement. On y est. »
Ces déclarations ont été immédiatement interprétées par une partie de la classe politique, notamment au sein de Pastef, comme une reconnaissance officielle que le Sénégal était entré dans un programme d’ajustement structurel de type FMI. Marie Rose Khady Fatou Faye a ironisé sur X : « Nous sommes en ajustement structurel niou xamé ko nonou ! ». Le député Amadou Ba y a vu la confirmation que le pays n’était plus au « 4e sous-sol » mais au « 5e ».
Quelques heures plus tard, le compte officiel du Gouvernement a publié une vidéo titrée :
« DPG – PM Ahmadou Al Aminou LO : “Il n’y a pas d’ajustement structurel” ».
Dans cette clarification, le Premier ministre affirme n’avoir jamais déclaré que le Sénégal était placé sous un programme d’ajustement structurel classique. Selon lui, il parlait du traitement de la dette, plus précisément d’un reprofilage (allongement des maturités et renégociation des intérêts), dans le cadre de l’accord technique conclu avec le staff du FMI le 1er septembre 2026.
Depuis le début de sa DPG, Al Aminou Lô a d’ailleurs insisté sur une distinction qu’il juge essentielle :
- Pas de restructuration formelle (avec réduction du principal),
- Mais un reprofilage accompagné de mesures de rationalisation des dépenses et des subventions.
Cette séquence s’inscrit dans un débat plus large qui traverse le pouvoir depuis des mois. L’ancien Premier ministre Ousmane Sonko s’était fermement opposé à toute restructuration de la dette, y voyant une « humiliation ». Au-delà de la polémique sémantique, l’épisode pose une question de fond : peut-on parler d’« ajustement structurel » sans assumer pleinement le terme ? Pour les uns , Al Aminou Lô a d’abord dit tout haut ce que la situation économique imposait, avant de reculer face aux réactions politiques. Pour les autres ses défenseurs, il s’agit d’une confusion entre deux notions techniques (reprofilage vs restructuration) dans un discours long et dense.
Une chose est certaine : en l’espace de quelques heures, le Premier ministre est passé d’une reconnaissance claire de la situation à une négation formelle de l’expression utilisée. Dans un pays où le souvenir des programmes d’ajustement structurel reste politiquement toxique, les mots pèsent lourd. Et leur retrait, parfois encore plus.